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Animateur de radio bénévole depuis 7 ans sur Radio Judaïca STRASBOURG de deux émissions de jazz et musiques traditionnelles où je présente les concerts en région, après des études de lettres menées jusqu'à un DEA, je n'ai cependant jamais trouvé d'emploi correspondant à ma culture tant littéraire que musicale et à mes capacités rédactionnelles pourtant polyvalentes car souvent considéré comme sur diplômé et sous expérimenté. Par ce blog, je désirerais échanger avec d'autres dans le même cas nos expériences personnelles de sorte à nous enrichir mutuellement d'idées auxquelles nous n'aurions pas pensé nous-mêmes.

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mercredi, juin 15 2011

ART DISTRICT : LIVE IN THE STREETS, SORTIE NATIONALE, RELEASE PARTY AU MOLODOÏ VENDREDI 17 JUIN

ART DISTRICT : LIVE IN THE STREETS, SORTIE NATIONALE, RELEASE PARTY AU MOLODOÏ VENDREDI 17 JUIN

Actifs depuis quelques années dans la région, le groupe de Hip Hop Art District créé en 2007 est composé du rappeur américain Eli Finberg, alias Mr E, MC né à Woodstock, de Rhum’One au beatbox, et d’un quintet de Jazz composé de Sam à la basse, Djo à la batterie, Serge à la trompette, Seb aux claviers et Thomas au saxophone et a sorti son premier album en EP l’an passé.

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Depuis leur premier album, Djo, Sam et Thomas ont assuré l’accompagnement de Rana Fahran à Strasbourg avec brio.

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Et vendredi, ils fêteront par une Release Party au Molodoï la sortie nationale de cet album, « Live In The Streets », augmenté jusqu’au format Long Play de 6 titres inédits et avec une pochette de Jaek el Diablo, invitant DJ Nelson, Caterva, Tribuman & Jazzomatix et Gab en guest à 20 h (Happy Hour jusqu’à 22 h).

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Dès l’Intro, trompette et saxophone mettent dans l’ambiance Cool, font monter l’angoisse et tout explose sur le vocal « Rock It » alterné de Mr E et Rhum One comme James Brown et Bobby Byrd Getting Up The Sex Machine, puis se calment sur un clavier Reggae.

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Le nouveau titre « My Muse » est un hommage aux muses urbaines des musiques Funk & Be Bop qui les inspirent et les font porter leur esprit et leur musique jusqu’au ciel sur un bon groove de claviers et de bons cuivres. Et puis leur Muse c’est aussi, en slang abrégé, leur Musique, avec aussi la sensibilité d’un solo de trompette Truffazien commencé sur les scratches de Rhum One puis de plus en plus Miles électrique jusqu’au final. On voit déjà qu'elles les ont menés encore plus loin que dans l’album précédent.

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Avec CELL qui remonte dans la playlist s’ouvre et se referme sur nous la porte de l’enfer urbain, grâce à un featuring d’Electrik B aka GAB en français, au texte poétique quoique décrivant cette oppression, mais aussi sa libération. Mr E envoie vocalement soutenu par le clavier dans un mode plus méditatif et les bons cuivres en fond sonore suivi d’un scat beatbox de Rhum’1 dans l’aïgu. Mais même dans le Hell (Enfer), il y a encore un Espoir dans le message, une lueur qui perce de l’extérieur. Leur Hip Hop, comme le Blues, parle du dépassement de la souffrance et fait grandir, surmonter leurs problèmes ceux qui l’écoutent. Et Gab sera un des invités vendredi de cette Release Party.

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Le premier single « Sing » étonne aussi avec ses chœurs swinguants et son sample style Andrew Sisters sur l’air rendu célèbre par Benny Goodman au Carnegie Hall en 1938 dépoussiéré façon Caravan Palace ou Enneri Blaka pour la puissance sonore, avec un bon dosage entre le band live et les interventions extérieures des samples. On ne leur connaissait en tous cas pas ces influences pur Swingin’30ies.

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La transition vers « Over Again » est imperceptible, juste une variation d’intensité comme chez Miles Davis période électrique et le saxo en fond sonore, vers la bonne trompette de Serge Haessler (avec lequel on avait pu découvrir Mr E et Rhum’One dans son groupe Zeroklub aux Pelouses Electroniques) à la Erik Truffaz dans The Dawn. Le titre commence très calme puis monte en intensité avec la colère dans les vocaux mais rêve sur les claviers et les nappes beat boxées de Rhum’One. Il y a chez eux un dépassement de la révolte, deux aspects, comme la « Smokin’ Side » et la «Logic Side » de Smoking Suckaz With Logic, et chaque instrument trouve sa place dans l’arrangement, si bien que les fans de Jazz, de Funk ou d’Electro y trouveront AUSSI leur plaisir. Le Hip Hop ne peut pas se contenter de n’être qu’une musique de révolte, mais peut aussi devenir une musique d’amour universel.

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Rhum’One livre un Interlude clapotant en solo entre chœur Hip Hop et polyphonie pygmée à lui tout seul, hallucinant de musicalité et d’humour.

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L’émouvant « One Love » (), avec Maeva (chanteuse de Lomaë et choriste de Diam’s) en guest avait déjà été présenté au public lors d’un concert de solidarité pour Haïti au Zénith il y a deux ans. Le voilà enfin gravé sur un disque.

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Détaché de l’Intro, « Art Definitions » (titre éponyme du premier EP) prend un autre sens que celui de rampe de lancement prospective, présente deux définitions du Hip Hop, Ska tout d’abord puis version Hip Hop à la Jazzmatazz qu’on connaissait dèjà depuis Contretemps en 2008. Les cuivres apparaissent bien arrangés tant dans le rebond reggae que dans le Hip Hop plus urbain, et ils ont eu le courage de jouer avec eux Live pour roder la chose. Le résultat est mieux arrangé qu’Hocus Pocus, dans un style proche du leur. Rhum’One s’y dévoile encore comme un soliste Jazz parmi les cuivres.

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Elements montre que le Hip Hop peut aussi être spirituel, presque mystique, sans cesser d’être engagé, comme dans Ombre Est Lumière d’Iam, célébrant les éléments : La Terre, l’Air et le Feu dans un arrangement drum’n’bass à la Truffaz /jungle à la 4 Hero partant sur le rhodes electro avec un intéressant décalage des cuivres.

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Leurs références Hip Hop US sont aussi présentes dans Back In The Day, où cuivres et chœurs donnent une saveur à la Jazzmatazz qui ouvrira les fans de Hip Hop au Jazz, tout en leur rappelant leurs souvenirs de cette musique, dans un bel arrangement Jazz Soul. Vous pouvez aussi vous essayer au Quizz « Back In The Day » pour gagner T-shirts, Cd dédicacés, en reconnaissant les albums de Hip Hop cités dans le clip....

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Le titre éponyme «Live In The Streets » bénéfice d’un featuring de DJ Nelson (Vice Champion DMC deux années de suite) posant sur un texte d’actualité sur les révolutions arabes et la chute espérée des dictateurs corrompus, avec une citation du classique « Revolution Will Not Be Televised » de Gil Scott Heron mort récemment, mais la Révolution sera « Live In The Streets » ! Et DJ Nelson fait partie des guests de cette Release Party !

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On savait déjà Eli Finberg intéressé par bien d’autres musiques que le Hip Hop, avec Art District, mais aussi Blockstop, son groupe plus 70ies. La surprise de «Inside Two Temples » (la tête, entre désirs et réflexion, les yeux comme deus temples) est d’entendre de parfaits cuivres Ethio Jazz rappelant le tempo lent balayé par le sable du désert d’ « Ené Alantchi Alnorem » de Muklatu Astaké, ou Socalled (avec qui Eli a rappé sur le fire après une alerte incendie à l’Illiade !) et Arat Kilo dans « Babur » pour le tigre et contre les Dictateurs.

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La Jam vocale « Only with The Mouth » montre Rhum’One seul entouré de vocalistes, dans l’esprit a cappella des Dirty Dozen dont naquit le Hip Hop comme leur version moderne et urbaine.

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« Moz’art District » montre sur La Marche Turque de Mozart à l’indémodable ubiquité déjà raillée par Boris Vian en Cha Cha Cha l’ouverture d’Art District vers d’autres musiques énumérées avec un flow express du classique au Jazz, au Rock’N’Roll Over Beethoven de Chuck Berry, aux musiques traditionnelles, à d’autres cultures, à d’autres langues aussi. Mr E est certainement le rappeur le plus polyglotte de la région : ayant vécu en Espagne et au Brésil, on l’a vu rapper en espagnol sur le parvis « El Fuego, El Fuego » quand une alerte incendie avait interrompu un concert du MC juif Canadien SoCalled à l’illiade, et reprendre Haïti de Caetano Veloso au Zénith for Haïti... Autant de possibles, de, directions, de Définitions futures du Hip Hop qu’Art District développera sur scène.

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Dernière nouveauté, «Usual » cite le film « Usual Suspects » joue le rôle du gangster contre les flics sur un piano abstract hip hop, puis, quand Kaiser Sose se réveille, sur la puissance du saxophone baryton à la Morphine.

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Enfin, ils finissent en vrais Jazzmen par une version instrumentale magnifique de « Back In The Day », façon aussi de passer le micro à d’autres MC pour poser leurs mots / leur flow sur ce bel arrangement, comme sur une version dub les jamaïcains de Kingston et d’Angleterre.

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Bref, on y retrouve les raisons qu’on a d’aimer le Hip Hop et d’autres musiques et c’est tant mieux, et les nouveaux titres ouvrent Art District à des influences Swing, Soul, Ethio Jazz et Rock insoupçonnées, autant de raisons de les aimer et de les soutenir plus encore pour de nouvelles aventures.



Jean Daniel BURKHARDT

A ECOUTER SAMEDI SOIR 18 JUIN : WANG LI ET YOM A L’ESPACE CULTUREL DJANGO REINHARDT DU NEUHOF

Samedi soir 18 juin, l’Espace Culturel Django Reinhardt invite pour clore sa sa première saison deux artistes issus de deux cultures très fortes mais persécutées, cherchent néanmoins à trouver au plus profond d’eux-mêmes leur individualité musicale en composant leur musique : le joueur de guimbarde et flûte à calebasse Chinois Wang Li et le « Nouveau Roi De La Clarinettiste Klezmer » Yom!

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Wang Li est né à Shandong en 1980 de parents Communistes fervents a grandi chez ses grands-parents dans un complexe résidentiel de l’Armée Populaire jusqu’à 7 ans, une enfance qui l’inspire tant par les joies des jeux des autres enfants, que par ses propres terreurs en voyant bouger les feuilles sous le vent et croyant y voir des armées de fantômes, sans aucune éducation musicale.

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La guimbarde est un instrument de musique idiophone. Son origine est très ancienne. Elle existe en Europe depuis au moins l'époque gallo-romaine, mais elle est aussi très répandue en Asie et en Mélanésie. Elle est, de fait, réputée être l'un des instruments de musique les plus anciens du monde. C'est un instrument utilisé de tout temps par les chamans, notamment dans les pays scandinaves et en Sibérie. Malgré son apparence simpliste elle est aussi un instrument de la musique savante dans certains pays, mais sa destination habituelle est plutôt la musique populaire ainsi que l'indiquent les nombreux termes pour la désigner en France par exemple : Guimbarde, Harpe à bouche, Trompette tsigane, Trompe-laquais, Trompe de Béarn, Hanche-en-ruban, Campurgne, Citaro. Aux États-Unis, elle est aussi connue sous le nom de Jew's Harp qui pourrait être une déformation du français jeu. En Chine, elle est en bambou ou en cuivre et on l’appelle Kou-Hu ou Mulianku chez les Mongols, KOxian ou Kouqin dans les minorités du Sud Ouest.

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Mais Wang Li a refusé la vie à laquelle on le destinait, et est parti à Paris après ses études, y a joué et vécu dans la rue avant de trouver un hébergement au Séminaire de Saint Sulpice d’Issy Les Moulineaux où il mène un existence frugale d’ermite pour se débarrasser de ses démons, et entre au Conservatoire de Paris de paris. Ayant trouvé l’amour, il quitte le Séminaire.

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Wang Li a sorti «Guimbarde Chine », en 2007, compositions inspirées par ses souvenirs et sa vie, les battements de cœur et la passion sensuelle, puis « Rêve De Sang", plongée dans les rêves aux compositions inspirées des animaux et de la vie des grandes profondeurs en 2010 où il joue aussi de la flûte à calebasse, avec une technique polyphonique proche de celle des khènes Thaïlandais d’Asie Du Sud-Est, chez Buda Musique.

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Le talent de Wang Li est de trouver, seul sur son instrument rudimentaire et en solo absolu, un univers personnel et semblable à aucun autre, avec l’intensité d’une émotion universelle, et une modernité proche des musiques électroniques et des transes ambient.

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Yom est un clarinettiste Klezmer français. Son premier album, « New King Of Klezmer Clarinet » le montrait sur une photo couronné sur un trône avec un sceptre brandissant sa clarinette, et dix kilos de chaînes en or autour du cou moyennant un peu de sport pour parfaire sa musculature et pourrait bien paraître prétentieux. Mais quand on l’écoute on ne doute plus de son talent à l'entendre sur des tempos à couper le souffle, ou passant de l’émotion vibrante aux cris frees libres ou en souffle continu à la Sclavis.

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De plus, il y paye son dû à la tradition en reprenant sur la plupart des titres des compositions d’un des plus grands clarinettistes klezmer des années 20s/30s Naftule Brandwein (1888-1963). Né à Przemyslany en Galice (actuelle Ukraine), il avait connu la tradition européenne du klezmer avant d’émigrer en 1908 aux Etats-Unis pour y devenir le plus grand, quoique s'obstinant à tourner le dos au public pour cacher ses doigtés et se produisant avec des néons affichant "Naftule Brandwein Orchestra" autour du cou!

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Dans son deuxième album « Unue », un série de compositions jouées en duo avec en hommage au clarinettiste klezmer argentin Giora Friedman, Yom et Wang Li ont fini par enregistrer ensemble trois duos.

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Enfin, Yom vient de sortir un album de Klezmer Jazz-Rock « With Love » en Superman entouré de ses Wonder Rabbis.

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Enfin, au Mudd Club demain soir, le groupe « Pussy Cat Kill Kill » d'un des Bredelers sera en Live et Amy Binouze en DJ Set (c’est de la New Wave mais très Cool et dansante : même moi j’ai aimé la dernière fois)!

Jean Daniel BURKHARDT

jeudi, avril 14 2011

TRIBUMAN & JAZZOMATIX : ALBUM, CONCERT CE SOIR AU MUDD CLUB

Cécric Munsch alias Tribuman est trompettiste de Jazz et chanteur Ragga qui a déjà posé son flow avec Solo Banton, vient d’entrer chez Enneri Blaka et avait précédemment enregistré il y a un an et demie un album éponyme avec son groupe « Jazzomatix », rencontrés en 2008 lors de remplacements pour Skannibal Schmitt ou le Jammin’ Orchestra (Boris Labouèbe aux claviers, Roland Grob, basse et contrebasse, qui les rejoint pour jouer dans la rue et Jean-François Meyer à la batterie) et des guests avant de partir rôder le répertoire sur les scènes d’Europe jusqu’à Bratislava. Ils seront en concert ce soir Jeudi 14 Avril 2011 en concert au Mudd Club (7 Rue de l’Arc-En Ciel) à partir de 21 h et sur Radio Judaïca dans mon émission « Jazzology » à la même heure (mais rediffusé Mercredi 20 avril 2011 à 23 h)!.

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Ça commence« « Sur Le Fil » avec un bon Funky Groove Soulful à l’ancienne à la No Stress (qui assurera leur première partie ce soir à partir de 20 h) une bonne basse sur la clavé et deux scratches de platines bien intégrées de DJ Nelson en guest, la voix promettant la fusion des styles et des cuivres aux riffs et soli bien arrangés (Christophe Riger au saxophone et Guillaume Nuss de la Fanfare En Pétard) surfant sur les étoiles du rhodes et une excellente percu latine à la Mongo Santamaria (Simon Pomarat, rencontré aux Jams de la Grotte). Je préfère le ragga sur du live Funk à celui sur des samples de DJs ou le Dancehall des Sound Systems. Les claviers nous emportent jusqu’au space funk, à la galaxie Sun Râ, puis les cuivres après l’autoroute pour l’atterrissage sur la guitare, la basse! Une vraie écoute des musiciens dans la puissance, sans que la musicalité ait à en pâtir.

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C’est en studio avant d’enregistrer « Ruffneck » (avec le MC New-Yorkais Jamalski qu’ils se décidèrent finalement pour ce nom de Jazzomatix : JAZZO- pour la rythmique et les cuivres Live, -MATIX pour l’électronique quoique pas si présente que cela, la Jungle passant leur musique Live à la Lavomatix recolorante de la modernité. Le piano abstract hip hop et basse électro vrombissante comme les bulles d’un volcan avant décollage du saxophone, la trompette flottante émouvante à la Miles/Truffaz puis un super solo de piano au tempo varié vous mettent en orbite. En effet, c’est groovy mais « pas lourd comme un gros porc » comme dit Tribuman.

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Ils partent même en rag(time) sur le piano avec des cuivres à la Steve Coleman pour « Un Petit Air de Jazz », référence et hommage au Be Bop de Bud Powell, Dizzy Gillespie et Charlie Parker , Hard Bop d’Horace Silver qu’on appelait déjà funky (positivement après l’insulte raciste originelle alliant noirs, musique et fantasmes terrifiants du vaudou de Congo Square). Dans son autobiographie, Quincy Jones confirme que dans les années 50s la modernité populaire de rue et le côté révolutionnaire du Be Bop annonçant les Black Panthers était très proche de l’esprit Hip Hop des années 90s.

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Le Hip Hop n’est plus Funky, "s'est coupé de ses membres Jazzys" dit Tribuman, car les MCs, de simples présentateurs/chauffeurs de soirées y ont pris le pouvoir en virant les DJs qui avaient cette culture, mais Jazzomatix la recrée en Live comme Hocus Pocus avec des cuivres en plus et un bel unisson avant le solo de trombone de Guillaume Nuss sur les autres souffleurs.

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« Être au Top » bien funky & Soulful se souvient de Robert Johnson et de son pacte avec le diable pour un jeu de guitare extraordinaire, mais pour Être Au Top c’est travailler sa musique pour être bon « pas pour passer à la la télé ou toucher une grosse enveloppe » sur un super guitare funky (Yannick Eichert alias Yan), mais plus sains que les toxicos des 70ies. Qu’importe, puisque par leur jeu est une référence à eux, sous leur seule influence, en faites revivre la ferveur ici et maintenant, comme leur esprit Peace, Love & Soul! Mélodiquement comme chanteur, Tribuman a quelque chose de Soul pour moi indispensable au Hip Hop et rare, est un vrai chanteur (comme Nyah sur les premiers Truffaz, Kokayi chez Steve Coleman). Après un changement de tempo, ils rendent ce que la Jamaïque a perdu avec le ragga/DJs en appliquant la mélodicité du chant ragga au Funk et au Jazz, et propose aussi des solutions positives comme Abd Al Malick.

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«Crazy World» dénonce le monde fou des traders de la Société Générale et autres qui nous amena la crise, colle un sample d’actualité avec une bonne choriste émouvante. Le MC Lyricson en anglais/Jamaïcain est bon aussi!

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La « Panique » est positivement musicale et scénique, avec encore une belle mélodie et unissons des deux voix et un super solo de trompette. La trompette est l’instrument du Jazz le plus surévalué et sous-joué, à cause de Miles et Truffaz ou Marsalis comme seule influence/référence, oubliant Fats Navarro ou Clifford Brown, Freddie Hubbard qui sont allés plus loin! Bon saxo aussi sur la Drum’N’Bass sur ce titre. Pour leur offrir cette « Panique » à domicile, venez les applaudir au Mudd Club ce soir!

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« Reste Ruff » (Rough & Tough, disait Marley dont on reconnaît le « Get Up Stand Up » dans les riffs, et ailleurs dans l’album quelques lignes du premier « Kinky Reggae » de « Talking Blues»), après un début en péplum urbain sur les sirènes Schiffriniennes du rhodes, plus violent et urbain, revendicatif, une puissance à la Enneri Blaka. Bon musicalement c’est pas le morceau que je préfère, mais je pense qu’il y a aujourd’hui plus de gens différents de moi que comme moi. Bons riffs de vampires quand même et synthés spacy sirènes!

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«On M’a Dit », après une bonne intro claviers’lectros inquiétants et de cuivres, parle du choix d’être musicien envers et contre tout et tous, bon sujet mais s'élève contre la compétition professionnelle actuelle sur des cuivres skas avec Sarah Eichert dans les choeurs. Pour moi ils ont tout de vrais pros ès Jazz/Soul/Rock/Funk/Ragga et méritent d’en vivre, sont d’un influence plus positive sur les esprits que beaucoup de gens dans le Gangstarap qui se croient plus importants aujourd’hui!

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Les références, ils en ont et le prouvent, à leur sauce, comme Tribuman dans le solo de trompette lyrique : après la montée de « Yuri’s Choice» de Truffaz après le « Come On Yeah My Sisters C’mon » de Nya sur la rythmique Drum’N’Bass de Jeff Meyer, grand fan de Marc Erbetta, et continue à la steve Coleman avec une trompette aux pistons électroniquement libres et propulsant l’énergie pure à la Miles électrique, mais cite tout de même « Naïma » sous effets au sein de beaux échanges de cuivres.

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Dans « Tout Là-Haut » ) Merlot ajoute encore de la bonne Soul au milieu des chœurs, et quelque chose aussi de caraïbe dans le phrasé. Les textes sont bons aussi, critiquant le monde, mais proposant aussi des solutions, des voies d’améliorations spirituelles à chacun, du rêve, et la consolation de beaux unissons de cuivres et voix. Comme ils disent, ils font danser les pieds, ravissent l’âme, élèvent l’esprit jusqu’aux étoiles d’un paradis non artificiel.

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« Jazzomatix » (à l’origine un hommage à Erik Truffaz, citant d’ailleurs son Siegfied dans le solo de trompette) a encore une bonne intro claviers sur la basse Blaxploitation à la Shaft qui ferait avec la trompette à la Miles (période Nefertiti, ma préférée), une bonne musique de film urbain sur la batterie Drum’n’Bass, le piano cherchant des dissonances, des résonances DANS les cordes à la Bobo Stenson, puis revient à la Truffaz. Le clavier a compris la leçon de Joe Zawinul : jouer pour obtenir des effets acoustiques d’instruments électriques. Cordes intérieures débouchent sur le dub quand la basse, le clavier change le tempo. C’est de la Drum’N’Bass mais acoustique, laissant la place aux improvisations du jazz, aux effets rallongés d’électricité pure à la Bitches Brew de Miles Davis et silence juste avant l’explosion.

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« Cité de Dieu » avec la basse à la Truffaz, Groove Brazil sur le portrait de brésiliens comme dans ce film excellent sur la violence urbaine de Fernando Meirelles et Kátia Lund qui révéla Seu Jorge avec Seu Jorge, mais est-ce mieux chez nous ou n’y allons-nous pas ici ? C’est aussi pour cela que le message de Jazzomatix devrait être entendu d’ici à ailleurs, pour cette intéressante distinction entre « le monde à l’envers » auquel on ne pourrait rien et « l’envers du monde » dont on serait chacun un peu responsables dans ce cas, qui n’est pas impensable, inhumain, mais un pur produit de nos sociétés modernes et de leurs choix, de leurs oublis.

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Enfin, « To The Music » confirme le goût pour l’exotisme Funky Disco Brazil à la Banda Black Rio ou Sergio Mendès du précédent sur un tempo Samba à la bonne flûte Choro au début, excellent et bons chœurs Soulfull, cuivres bien choro samba sur la rythmique brazil et le clavier bien space pour lier le tout, la flûte naturelle 60ies.

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Bref ils ont trouvé une bonne formule actuelle, Jazz Funk Soul Drum’N’Bass aux bons vocaux Ragga mélodiques et textes positifs.

Ils ont encore évolué depuis avec ce titre Live : Solide. Venez nombreux voir où ils en sont ce soir au Mudd Club à 21 h !

Jean Daniel BURKHARDT

QU' ECOUTER, OU DANSER CE WEEK-END?

Le Mudd Club se lance dans les concerts live ce week-end:

-Vendredi 15 Avril 2011 20 h: THE FEELING OF LOVE (Krautrock Psychédélique Underground de Metz): 3 €

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-Samedi 16 Avril 20 h: LES CROCODILES: L'un des meilleurs groupes de New Wave à Strasbourg, influencés par Echo & The Bunnymen. LIVE & DJ: SET 3 €

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LA SEMAINE PROCHAINE :

-MERCREDI 20 AVRIL 20 h: KOKOLO (AfroBeat New Yorkais): 5 €

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-JEUDI 21 AVRIL: BLACK OCTOPUS INVITE SUZI ANALOGUE, chanteuse et Beatmakeuse. Gratuit Majoration Consos de 0,50 €

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ET TOUJOURS LES ARTEFACTS CI-DESSOUS...

vendredi, avril 1 2011

DOOZ KAWA, ETOILES DU SOL ET DANS VOS SALLES CE WEEK-END: ARTEFACTS SCENES D'ICI GRATUIT ET OU DANSER

Dooz Kawa a sorti l'an passé "Etoiles Du Sol" (car "Les étoiles du sol, c'est nous"), un album de Hip Hop aux textes sensibles et poétiques d'une voix émouvante posée sur des samples ethniques, du Jazz Manouche ou du Be Bop...

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L’electro froide d’«Un jour d’hiver» nous transporte vers le jour de sa naissance dans son enfance qu’il nous raconte sur une jolie mélodie. Franck ou Dooz Kawa (alias T-Kaï, 12 K.O.) découvrit la scène underground franco-américaine à 12 ans en se faufilant dans les caves de la garnison militaire d’Allemagne où son père est soldat, comme il le chante sur « Narcozic », puis découvre la culture et la musique Nord-Africaine, et compose ses premiers textes à 16 ans pour s’évader de l’école qui lui pèse.

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Il n'en critique pas moins le commerce hypocrite des armes et les crimes perpétrés aux noms de toutes les causes dans "Les Hommes Et Les Armes" ou au nom d'un "Dieu D'Amour".

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Il arrive en France à 18 ans, crée [T-Kaï Cee avec Raïd’n Project de Guyane et Kambi, du Zaïre.|http://www.youtube.com/watch?v=JUaZ04jt7pc&feature=related]

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En 2005, il a fait la connaissance du grand guitariste de Jazz Manouche (mais pas que) local Birèli Lagrène, et enregistra avec « Narkozic » où il pose son flow sur ses savants arpèges entrecoupés d’un beat, une première pour Biréli et le hip-hop, qui grâce à son ouverture d’esprit se mêle ici aux musiques du monde et au Jazz. Sur d'autres titres, c'est la guitare de Mito Loeffler qui l'accompagne.

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D’emblée, « Balalaïka » nous fait voyager sur les traces nomades d’une chanteuse tzigane à la voix bouleversante de fraîcheur et pas encore brisée voyageant sur des beats electros sans rien perdre de sa nostalgie.

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« Parker Charlie » sur le seul accompagnement balancé d’une guitare slave, rend un hommage détourné par les prismes de sa propre solitude alitée au saxophoniste et au Jazz cité par quelques échanges de cuivres samplés, où l’on redécouvre mixé son « Lover Man ».

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« Le Demi-Monde » est le tiers du nôtre, où le ghetto un cantaor juif cohabite avec un piano latin, un accordéon, la «guitare à string-ficelle» manouche de Birèli. Le demi-monde, c’est partout où l'on oublie la souffrance et la misère dans la satisfaction de notre capitalisme qui les domine et les ruine, mais ces naufragés viennent s’échouer sur ses rives pour s’en sortir dans ses Cités, se cacher dans ses souterrains, sans papiers.

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« Cherche L’amour » est une réflexion sentimentale sur la femme où une voix d’Afrique Ragga « Cherche L’Amour Mais Connais Pas » en créole, et finit par comprendre les différences entre homme et femme et aimer l’autre, fin positive de ces histoires qui font la vie de Dooz Kawa. Il se produira GRATUITEMENT demain Samedi 2 avril de 22 h et 22 h 30 à la Laiterie dans le cadre des Artefacts Scènes d'Ici. Toute la programmation ci-dessous.

Jean Daniel BURKHARDT

CONCERTS GRATUITS ET OU DANSER CETTE SEMAINE?

Ce soir au Mudd Club, vous pourrez entendre jusqu'à 1 heure Dave Sims alias Nucleus, DJ Drum'N'Bass mais peut aussi passer du bon Funk comme le mois dernier. GRATUIT!

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Plus tard, à l'Entrepôt, Soirée Electro, Mister Natasha invite le DJ berlinois "SWEET'N'CANDY" alias Rico Henschel dans sa soirée "LOVE, FUN & CRIMINAL" jusqu'à 4 h pour 5 €.

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Demain soir Samedi 2 avril, Concerts Gratuits ARTEFACTS SCENES D'ICI à La Laiterie avec:

PETITE SALLE:

20 h 30-21 h: GRAND MARCH (Folk)

21 h 30 -22 h: SEE YOU COLETTE (Folk & Wave)

22 h 30-23 h: Manuel Etienne (Toxic Kiss) (Chanson Française)

23 h 30 -24 h: Mouse DTC (Electro Pop)

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GRANDE SALLE:

21 h - 21 h 30: Mid Wild (Rock)

22 h-22 h 30: Dooz Kawa (New Hip Hop)

23 h-23 h 30: Deaf Rock 2011: Musiciens Rock de ce label qui produit les albums de Plus Guest, Colt Silvers, Electric Suicide Club et 1984.

Minuit - Minuit 30: Les musiciens Métal du Label Dirty 8 reprennent Gunz & Roses

Minuit 30....: DJ Kemicalkem

Au Mudd Club, jusqu'à 1 heure, Qwel & Maker duo Hip Hop de Chicago qui a collaboré avec Africa Bambaataa, De La Soul ou Andy Smith de Portishead. GRATUIT!

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Et jusqu'à 4 h, Enzo Darren "Spread The Music" GRATUIT à l'entrepôt et un nouveau titre de son album à découvrir sur CD contre une conso!

lundi, mai 10 2010

ART DISTRICT : Présentation du premier album ce lundi 10 mai à la Laiterie à 19 h 30

Actifs depuis quelques années dans la région, le groupe Hip Hop Art District créé en 2007 sort son premier album. Il est composé du rappeur américain Elias Finberg, alias Mr E, né à Woodstock, de Rhum’One au beatbox, et d’un quartet de Jazz composé de Sam à la basse, Djo à la batterie, Serge à la trompette, Seb aux claviers et Thomas au saxophone.

L’Intro trompette et saxophone mettent dans l’ambiance Cool, font monter l’angoisse et tout explose avec Definitions, qui présente deux définitions du titre du titre et de leur musique, Ska tout d’abord puis version Hip Hop à la Jazzmatazz qu’on connaissait dèjà. Les cuivres apparaissent bien arrangés tant dans le rebond reggae que dans le Hip Hop plus urbain, et ils ont eu le courage de jouer avec eux Live pour roder la chose. Le résultat est mieux arrangé qu’Hocus Pocus, dans un style proche du leur. Rhum’One s’y dévoile déjà comme un soliste Jazz parmi les cuivres.

La transition vers « Over Again » est imperceptible, juste une variation d’intensité comme chez Miles Davis période électrique, vers la bonne trompette de Serge Haessler (avec lequel on avait pu découvrir Mr E et Rhum’One dans son groupe Zeroklub aux Pelouses Electroniques) à la Erik Truffaz dans The Dawn. Le titre commence très calme puis monte en intensité avec la colère. Il y a chez eux un dépassement de la révolte, deux aspects, comme la « Smokin’ Side » et la «Logic Side » de Smoking Suckaz With Logic, et chaque instrument trouve sa place dans l’arrangement, si bien que les fans de Jazz, de Funk ou d’Electro y trouveront AUSSI leur plaisir. Le hip Hop ne peut pas se contenter de n’être qu’une musique de révolte, mais d’amour aussi.

Rhum’One, après avoir joué lesbackings derrière Mr E comme derrière James Brown, livre un Interlude clapotant en solo, hallucinant de musicalité et d’humour.

Avec CELL s’ouvre et se referme sur nous la porte de l’enfer urbain, avec un featuring d’Electrik GAB en français, au texte poétique quoique décrivant cette oppression, mais aussi sa libération. Mr E envoie vocalement soutenu par le clavier dans un mode plus méditatif et les bons cuivres en fond sonore. Même dans le Cell, le Hell, il y a encore un Espoir dans le message, une lueur qui perce de l’extérieur. Leur Hip Hop, comme le Blues, parle du dépassement de la souffrance et fait grandir, surmonter leurs problèmes ceux qui l’écoutent.

Leurs références Hip Hop sont présentes aussi dans Back In The Day de Wu Tang Clan (), mais là aussi les cuivres donnent la saveur de Jazzmatazz à ce classique qui fera entendre différemment ce classique aux fans de Hip Hop, les ouvrira au Jazz, tout en leur rappelant leurs souvenirs de cette musique, dans un bel arrangement Jazz Funk.

Elements montre que le Hip Hop peut aussi être spirituel, presque mystique, sans cesser d’être engagé, comme dans Ombre Est Lumière d’Iam, célèbrant les éléments : La Terre, l’Air et le Feu dans un arrangement à la Truffaz patrtant en drum’n’bass/jungle à la 4 Hero sur le rhodes electro avec un intéressant décalage des cuivres.

La Jam vocale Only with The Mouth montre Rhum’One seul entouré de vocaliste, dans l’esprit a cappella des Dirty Dozen dont naquit le Hip Hop comme leur version moderne et urbaine.

Moz’art District () montre sur La Marche Turque de Mozart l’ouverture d’Art District vers d’autres musiques énumérées avec un flow express du classique au Jazz, au Rock over Beethoven, aux musiques traditionnelles, d’autres cultures, d’autres langues aussi. Mr E est certainement le rappeur le plus polyglote de la région : ayant vécu en Espagne et au Brésil, on l’a vu rapper en espagnol sur le parvis « El Fuego, El Fuego » quand une alerte incendie avait interrompu un concert du MC juif Canadien SoCalled à l’illiade, et reprendre Haïti de Caetano Veloso au Zénith for Haïti.. autant de possibles, de, directions, de Définitions futures du Hip Hop qu’Art District développera sur scène. Enfin, ils finissent en vrais Jazzmen par une version instrumentale magnifique de Back In The Day, façon aussi de passer le micro à d’autres MC pour poser leurs mots :leur flow sur ce bel arrangement, comme sur dub les jamaïcains de Kingston et d’Angleterre.

Déjà fini, une demi-heure chrono vite passée, mais variée et bien pesée, dirigée, bien arrangée, variée, en un mot, émouvante... Combien d’albums trop longs de has been bien plus expérimentés nous ont bassiné pendant plus d’une heure sans surprise?

Bref, on y retrouve les raisons qu’on a d’y aimer le Hip Hop mais pas que, le Hip Hop et d’autres musiques et c’est tant mieux.

De plus, les fées du Hip Hop les plus prestigieuses se penchent sur cet album avec les meilleures augures : ce soir, on pourra entendre pour la Release Party au Molodoï à partir de 19 h 30 DJ Premier (beatmaker historique du Hip Hop avec Gangstarr), La Fanfare en Pètard et DJ Q, puis le 12 juin, ils joueront avec Grand Master Flash également au Molodoï pour le Festival Contretemps. Nous savons, à Strasbourg, qu’ils le méritent amplement.

Jean Daniel BURKHARDT

vendredi, octobre 9 2009

ABD AL MALIK chante « à domicile » à Schiltigheim

Le samedi 4 octobre dernier, le chanteur Slammeur de Hip Hop Abd Al Malik () était sur la scène de La Salle des Fêtes de Schiltigheim.

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Avant le concert, des fumées d’encens parfument la scène et la Salle des Fêtes de Scchiltigheim. Quoique n’étant pas de Schiltigheim, il revenit presque chez lui, puisque, né Régis Fayette-Mikano en 1975 d’un père haut fonctionnaires Congolais, après avoir grandi à Brazzaville entre 1977 et 1981, c’est au Neuhof, une des banlieues de Strasbourg, qu’il passe sa jeunesse et va à l’école Reuss, puis échappe à la petite délinquance en entrant au Collège Privé Ste Anne, au Lycée Notre Dame Des Mineurs, et fait des études de Lettres Classique et Philosophie à l’Université Marc Bloch.

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Il fonde avec son frère Bilal et son cousin Aissa le groupe de Hip Hop N.A.P. (New African Poets). Converti à l’ Islam soufi, son nom Abd Al Malik est la traduction littérale de son prénom Régis (roi en latin, comme Malik en arabe), et disciple du Maïtre Marocain Sidi Hamza al Qâdiri Boutchichi Marié avec la chanteuse Wallen, il a un garçon, Muhammad Hamza.

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Il a sorti trois albums « Le Face à Face des Cœurs » en 2004, « Gibraltar » en 2006 (Prix Constantin du disque et Prix de l’Académie Charles Cros), avec une reprise de « Ces Gens-Là » de Jacques Brel, accompagné par son pianiste Gérard Jouannest, mari de Juliette Gréco , pour laquelle il a écrit des chansons, puis enfin « Dante » (pour son choix de passer du latin à l’italien en écrivant « La Divine Comédie », pour la rendre accessible au plus grand nombre avec le même décloisonnement qu’Abd-El Malik aujourd’hui) en 2008, avec certains titres arrangés par Alain Goraguer (arrangeur de la première période Jazz de Serge Gainsbourg), Victoire De La Musique « Musique Urbaine ».

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En plus de cette qualité musicale née de son respect pour la Chanson Française, ses textes montrent une véritable sagesse s’adressant à tous avec des mots simples et un message positif.

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Il entre en scène sur « Soldat De Plomb», extrait de « Gibraltar », inspiré par sa jeunesse au Neuhof, marche au pas et salue comme un de ces soldats-robots, un de ces «Zombie» militaires que condamnait Fèla Kuti, danse avec des gestes dégingandés. Au-delà du cas personnel d’Abd Al Malik et tant d’autres, manipulés par la drogue, on peut aussi appliquer ce terme aux enfants-soldats d’Afrique comme Emmanuel Jal, sauvé par le Gospel et le Hip Hop qui pense avoir survécu pour témoigner des guerres Soudanaises, et tant d’autres qui ne décident pas de leurs destins, et jusqu’à la haine collective des batailles rangées des Cités. Mais le message final d’Abd Al Malik est positif, refusant celui de ce journaliste qui lui dit que « Parler de paix et d’Amour, ça ne sert à rien si ce n’est divertir », lui leur rend hommage, et espère encore que l’éducation, la culture, peuvent rendre le monde meilleur, lui et les autres, les faire évoluer, et dans l’idéal beau à pleurer d’une « France Arc-En Ciel unie et débarrassée de toutes ses peurs» et tend la main. Parce que le racisme ordinaire est lui aussi une forme de manipulation, plus ancienne.

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« Ce soir on joue à domicile, comme on dit dans le jargon du football, et on va leur montrer qu’on est les meilleurs», dit Abd Al Malik, certes pas avec Jouannest et Goraguer, mais avec ce petit groupe avec Or Solomon aux claviers (déjà vu avec un autre Malik, « Magic », celui-ci, le fûtiste Magic Malik Mezzadri), une bonne guitare funky rock, une contrebasse, un batteur aussi aux percussions, son grand frère Bilal aux machines et un jeune accordéoniste. C’est bien que son Hip Hop Jazz soit soutenu par un vrai groupe Live de jeunes musiciens de Jazz.

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Suit sur la guitare funky «Lorsqu’ils essayèrent » () (de réanimer Malik), (Malik Oussékine, mort d’une bavure policière en 1986) arrangé sur « Dante » par Régis Ceccarelli, critique des idéaux bon enfant de « Touche Pas A Mon Pote » ou de La Marche Des Beurs, qui finalement ne changèrent rien au Front National mais jugèrent les bons et les mauvais, et finalement confisquèrent la parole aux Cités, « quand Malik hélas ne se réveilla PAS », d’où une aggravation de la situation sur le long terme.

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Dans le clavier Jazzy, il y a quelque chose de « Riders on The Storm » des Doors, cette Soul veloutée et mélancolique invitant à la réflexion sur les mots du dernier Jim Morrison posant sa « Prière Américaine », mais qui ne parut qu’après sa mort, avec cette pluie rajoutée a posteriori.

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La Poésie d’Abd-Al Malik est vraiment portée par ce groupe, lui donnant un côté Gil Scott Heron dans « The Bottle » ou Marvin Gaye avec ce backing Soul& Funky derrière lui, lui donnent cette prestance, comme malgré lui.

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Autre personnage inconnu mais émouvant de Dante sur un autre bel arrangement groovy, lent, jazzy et dramatique de Regis Ceccarelli, « Gilles » (lequel est-il dans ce clip, dont les catastrophes semblent évitées de justesse ?), qui « écoute un disque de rap et fond en larmes », qui parle de la poésie et de l’espoir que l’on peut trouver dans le rap, de Spinoza, achète un disque de rap « car écrire (et les rappeurs écrivent) », n’en veut même pas au monde d’être décevant, puisqu’il n’en a pas conscience, qui vit sans le savoir Rue Nolet comme Verlaine, « pensait entendre un disque rap classique » mais « fond en larmes », avec un phrase du Cheikh d’Abd Al Malik tournoyant dans le refrain : « Lorsqu’on fait quelque chose, il s’agit d’y rester et d’en sortir. Lorsqu’en fait quelque chose, il s’agit d’en sortir, et d’y rester.», qu’on pourrait tourner et méditer longtemps dans sa tête et appliquer à tant de choses, d’idées, à tous nos actes et nos pensées, mais qui resterait pure, claire, évidente et limpide comme un koân bouddhiste zen, ou soufi, voire rasta comme Jah, qu’Abd Al Malik cita également à la fin: quand sommes-nous nous-mêmes dans nos actes et nos paroles, quand est-ce le monde ou les autres qui parlent à travers nous, et ne sort-on jamais de l’un ou l’autre tout ensemble?

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Cette chanson parle aussi d’espoir et de la manière dont juste un disque de rap, par sa poésie, un livre ou une rencontre peuvent illuminer une journée l’espace d’un instant et nous émouvoir jusqu’aux larmes d’émotion pure, pas de tristesse, presque de joie, presque des larmes philosophiques de l’Eurêka lorsqu ‘on comprend que ce qu’on a toujours cherché était juste là à portée de pensée. Evidemment ces disques sont rares, et Abd Al Malik en fait partie. En ce qui me concerne, seul « Ombre Est Lumière »d’IAM et son message spirituel cosmique ont provoqué, à part lui, en moi cette émotion poétique et spirituelle, pure mais il doit y en avoir d’autres, et chacun peut avoir les siens.

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Je l’ignorais mais c’est le grand frère d’Abd Al Malik, Bilal, toujours aux machines et vocaux derrière lui, qui lui fit entendre « Paris Mai » de Claude Nougaro. Abd Al Malik l’a repris à son compte, mais à sa manière, avec ses mots, en faisant « Paris Mais… » ( ), rajoutant son grain de sel.

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Nougaro sur ce titre ne chantait pas, déclamait, slammait déjà sans le savoir en talk-over, Abd Al Malik chante rarement, est plus un conteur à l’élocution parfaite, un poète aux mots compréhensibles par tous, un philosophe péripatéticien au sens d’urbain, même quand il reprend de la chanson française, rajoute ses propres mots, mais les place dans les traces des mots, de la rythmique de Nougaro, les fait siens ici et maintenant. S’il ne pose pas les mêmes questions que Nougaro en 68, il est plus proches de nous et de son public, et en ce sens le continue, reprend le flambeau.

Il y ajoute ses propres références à Augustin (Meaulnes ?), foudroyé de balles vocales et de mots, retrouve Nougaro à « Nougayork » où il ignorait qu’il irait ruiné ressusciter tel le phénix en 68, « MalcolmiXe les banlieues », et lui « racaille » qui lit Sénèque sous sa casquette fut cet aigle noir qu’on soupçonne plus qu’un oiseau de feu d’Igor Stravinsky, dans ce Neuhof qui fut sa Sorbonne (Place de la Sorbonne où il chanta aussi d’ailleurs en concert sauvage en 2006) et danse un Tango HLM. Il est venu à Paris du Neuhof ou de Strasbourg, comme Nougaro de Toulouse. Leurs deux univers géographiques et temporels sont deux richesses, deux messages envoyés à Paris hier et aujourd’hui.

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A Paris, il nous y emmène sur une musette qu’il y a amenée de chez nous jusqu’au Grand Rex, « Conte Alsacien », qu’importe c’est la même valse, la même innocence dans l’histoire d’amour simple et belle, comme « Adam et Eve », d’où qu’ils viennent, arrivés ou natifs, et il rappe le refrain en Alsacien (mr dat seye elsass do wo dar’t er harz het ») et jusqu’en Afrique (« von Brazza zu Kinshasa »), et la chute, le dernier de ces personnages est magnifique, qui voit sa mère au parloir et « c’est cette Afrique qu’il ne connaît pas qui soleille sa peau et sourit derrière son accent alsacien. », lui offrant ce soleil Africain qui nous manque, nous donnant des raisons d’aimer cette région « où la terre à un cœur », auxquelles nous-mêmes n’eûmes pas pensé, où que nous oublions comme une évidence.

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« C’est du Lourd» applique cette même reconnaissance de l’âme à la France, à sa mère, à ceux qui vivent honnêtement dans l’amour en assumant leur enfant et en travaillant contre les dealers, aux filles de cité qui se sont sorties des insultes comme celles de « Ni Putes Ni Soumises » , et « Quand tu insultes la France, c’est toi-même que tu insultes », contre cette révolte haineuse que même la misère ne justifie pas et contre le racisme, arrive encore à trouver que « La France elle est belle » avec « ces visages qui s’entremêlent », que l’idéal d’une France riche car multiculturelle est encore devant nous à bâtir et un défi magnifique pour le XXIème siècle. Et c’est une question de bon sens, de générosité que d’arriver ainsi à dépasser la révolte par l’amour universel, pas une lâcheté. La lâcheté c’est de laisser aller, d’où que l’on vienne, à la violence et à la malhonnêteté. Et ce n’est pas être Sarkoziste (http://www.youtube.com/watch?v=txsmtS7zulo) ou moralisateur que dire cela, juste humain et sensé, du côté de la vie. Et c’est beau aussi que ce langage poétique de la rue inverse comme le verlan la valeur des mots « lourd », « violent » ou « malade » en leur donnant un sens positif comme le jive des musiciens de Jazz noirs.

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Autre personnage qu’Abd Al Malik a rencontré au Neuhof, « Le Marseillais » et son histoire présentée comme un conte, lu dans un beau livre de cuir, ancien grimoire où lui-même l’a écrite, avec son frère ajoutant sa voix sur un magnifique sample du «Petit Garçon » de Serge Reggiani. Là aussi Abd Al Malik nous raconte son histoire en empruntant ses mots, en en faisant un personnage eà la Pagnol, avec sa folie comme (le ou Frédéric) Mistral sur les Îles du Frioul, et sa déchéance de « Rasta côté Massilia Sound System », à toxicomane comme Jim Morrison (comme dans « Plus Dure Sera La Chute » de Lavilliers), sa vie «comme Panice pour Cesario ». C’est un bel hommage que nous faire encore rêver de ses mots, comme cette idée qu’ «après Avignon, c’est l’Nord, et le climat peut y être glacial » et d’accuser même leur manque de générosité à l’époque, de ne pas avoir compris que venus des Quartiers Nord ou du Neuhof, c’était pareil. Il donne envie d’en savoir plus sur ce marseillais par ce portrait plein de tendresse.

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Intéressé par la philosophie, Abd Al Malik présente ses musiciens, « notre car de tournée est une agora » (pour la démocratie, certes) mais par les philosophes auxquels il les compare, elle devient un aéropage des plus grands penseurs grecs et autres : le guitariste est comparé au stoïcien Epictète, le batteur a les percussions Nietzschéennes (peut-être la puissance du surhomme Zarathoustra ?) Or solomon aux claviers est un philosophe Zen, et son frère Bilal aux machines est leur maïeutique « Socrate maison», qui leur donna une idée lumineuse :« SOYONS ROCK’N’ROLL !!!».

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Ils appliquent ce traitement au « 12 Septembre 2001 » de Gibraltar, en effet moins Jazz et plus Rock que sur l’album : «J’avais déjà un fow de taré lorsque les tours jumelles se sont effondrées… », sur les pensées qu'inspirèrent le 11 septembre à sa pensée de muslim, « et si je n’avais pas eu la foi, j’aurais honte d’être muslim », la défiance des autres envers l’islam (« est-ce qu’il sont tous comme ça »?), l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh par Mohammed Bouyeri en 2004, mais trouve aussi la solution « ne pas mélanger la Politique avec la Foi », comme le disait déjà Ali, et comme devrait faire toute religion pour laisser la liberté à chacun, mais que n’appliqua pas le Christianisme de Constantin aux croisades, à l’Inquisition, aux guerres de religion, aux conversions forcées… Et il refuse de condamner cette année 2001, nous donne là encore des raisons de l’aimer, un livre ou le disque « Blue Print » de Jay Z « une leçon », sorti ce même 11 septembre 2001. Il termine par une pirouette humoristique pleine de tendresse en rappelant qui lui «ne faisait rien, ou plutôt si, changeait les couches de son gamin ».

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Suit « Roméo et Juliette » (sans Juliette Gréco, "la première slammeuse, pour lui"), encore une histoire d’amour, de deux enfants perdus, lui « que le Gangsta Rap a rendu autiste » fan de Scarface, elle «moitié brésilienne moitié kabyle, gogo danseuse ». Elle a plus de poésie, de sensibilité, plus d’espoir, lui juste son désir. Ça se termine mal connement par un accident, sans héroïsme Shakespearien, mais leur portrait est émouvant, et la description de leur désir mental par Gréco touchante et belle, avec les mots d’aujourd’hui, mais je trouve ça plus authentique que « Roméo + Juliette » version 1997 et ses anachronisme absurdes cherchant en vain les « lames bien mieux trempées » du texte original dans les flingues de ce Western de sous Sergio Leone science fictionnel de Baz Luhrman.

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Dédié à ceux qui sont en prison, physiquement ou « dans leurs têtes, dans leurs têtes » il continue par « Renter Chez Moi », toujours extrait de « Gibraltar », « Chez soi c’est quand plus personne ne vous juge », car « aller vers les autres c’est aller vers soi aussi », « en espérant que chez vous c’est un peu chez moi aussi », au texte et à la mélodie magnifiques, avec la voix de son frère Bilal en écho sur le refrain, sur la solitude urbaine, le racisme ordinaire qui peuvent amener jusqu’à la violence. Prison physique, morale, mentale, ou des préjugés, le message est généreux et beau que de croire que nous pouvons en sortir. Là encore il dépasse Gil Scott Heron et son « Home Is Where The Hatred Is ».

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Autre recréation / modernisation d’un classique de la chanson française « Ces Gens» de Brel, satire d’héritiers parvenus, dont il a repris aussi littéralement le début de manière bouleversante, puis qui est devenu chez lui, généralisé par « Les Autres », ceux dont Sartre disait « L’enfer c'es les autres », ceux qu’on accuse quand on ne se remet pas en question, se souvient l’avoir fait lui-même fait, l’appliquant à sa propre histoire sans être tendre avec lui-même, à sa spiritualité naissante qui prêchait déjà alors que ses actes ne la suivaient pas encore, et remplaçant « l’égorgeur de chats » de Brel amoureux de Frida par le racisme que lui valut sa peau noire, et pleure comme Brel en racontant cette histoire à un inconnu. J’ignore si c’est l’authenticité de cette reprise qui a convaincu Gérad Jouanest, l’ancien pianiste de Brel, de travailler avec lui, mais elle est un bel exemple de cette filiation qui modernise la Chanson Française, et dont Abd El Malik est un bel exemple.

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Il dédia enfin aussi à son Dieu qui l’a sauvé de ses démons, « L’Alchimiste », lui qui n’était rien, « vain et c’est bien ce que contenaient mes poches », l’a fait dépasser le racisme et la violence pour l’amour universel et c’est aussi beau sur cette mélodie magnifique et avec cette émotion sur le fil, qu’un Psaume de David, que le Cantique de Salomon, qu’un poème de Rûmi ou Yunus Emré à « l’Adoré », dit avec les mots simples d’aujourd’hui, beau par cet espoir de rédemption donné à tous.

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En bis, le public lui réclama à hauts cris « Gibraltar », joué lui aussi « Rock’N’Roll », titre éponyme et premier choc qui ouvre son second album et le rendit célèbre, avec ces claquettes flamencos, ce piano obsédant sur la batterie qui soudain s’envole avec ce jeune noir qui « devient derviche tourneur » et, crie et vit enfin, vogue sur des échos de flûtes soufies vers le « merveilleux royaume du Maroc ».

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La beauté de ce texte est aussi dans on ambiguïté : on pourrait croire au début qu’il s’agit d’un jeune noir qui s’en va, quitte l’Afrique pour l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure, prend un bateau dont les passagers « rament tous à la même cadence », mais finalement il y a aussi un jeune homme qui REVIENT en Afrique vers ses origines, sa fierté d’être, sa spiritualité peut-être, après s’être trouvé lui-même. Peut-être s’agit-il de ces deux jeunes noirs qui se croisent ou du même qui était parti et revient.

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Sur les derniers applaudissements, quelques amis d’ici s’approchèrent de la scène pour lui prendre la main par un shake, et même retenus par la sécurité, ce fut un moment émouvant, qui se prolongea ensuite longuement dans le Hall de La Salle Des Fêtes.

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Bref, Abd Al Malik a montré qu’en plus de la beauté de ses textes et de sa musique, qu’on pouvait apprécier au disque, il était aussi généreux sur scène, dans la danse, l’émotion,et même le Rock, et qu’il était toujours aussi proche de ceux qui l’ont connu ici.

Jean Daniel BURKHARDT

samedi, juin 6 2009

Décollage en WARM UP de CONTRETEMPS 2009

Le Festival Contretemps s’ouvrait hier au Rafiot. DJ Remsey Lef ouvrait le bal. Avec DJ Calhoun au sein des BUMS ( Bad Underground Mind Sleepers », il est membre du collectifs DJs Hip Hop les plus positifs de la ville, préférant organiser les soirées « LA BOUM » bonne enfant au Ganstarap violent et remerciant sur leur ancien site « à tous les artistes qui ne présentent pas les damoiselles comme des chiennes », et ils sont rares dans le Hip Hop. Sous le pseudo de Frankie comme Frank Zappa dont il admire le "Shekh Yerbouti" au point de l' avoir pris comme photo de profil sur son My Space(Numi, il vient de sortir son premier LP « Never ending, always building in jazz, soul & funk », featuring des MCS américains (Wilchild, Prince Poetry, Insight, Laws) et japonais (Suika), avec "Continue The Legacy" utlisant des samples de "You Can Have Water gate, but Give Me Some Bucks And I'll Be Straight" des JB's de James Brown et Macéo Parker.

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Il est certainement localement l’un des DJs les plus respectueux et connaisseur du background Funk (Fat Back ) & Soul ( « Honey » des Ohio Players )du Hip Hop, que je ne connaissais pas mais ai apprécié et sa programmation en est plus agréable, et même un peu Baba Cool avec les clameurs Peace & Love d’Arrested Developement, voix soulfull à l’unisson des aboiements de la meute de Snoop Doggy Dog qui s’en trouvent adoucis et moins ridicules. C’est vrai que frankie Numy partage sa coupe de cheveux ramenée en boules sur le haut du crâne sans les locks.

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Les BUMS, ce sont un peu, comme les Jazz LIberatorz à Meaux, nos Jazzmatazz dans l'esprit à nous. On souhaite à Frankie Numi et aux BUMS d'être "Never ending building in jazz, soul & funk" ("sans fin construisant en Jazz, soul & funk).

Le second DJ Set est celui de Pilooski, français d’origine Polonaise, ex-membre de Discodéine, et qui s’est très vite imposé au sein du D.I.R.T.Y. Sound System avec ses longs mixs et édits comme celui de « Beggin’» de Frankie Vallie & The Four Seasons remis au goût du jour par Madcon en 2008..

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Cela commence par des lignes plus lentes, en transe sur une basse disco à la « Another One Bites The Dust », fragmentées de cuivres secs électronisés en boucle sur un synthé cool, sur lequel se greffe une voix d’outre-tombe, à travers un tunnel puis à nouveau la basse. Mais le tout est harmonisé par la musicalité des transitions.

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D’une déflagration implosive comme la batterie de Joy Division, s’échappent et volètent de petites libellules synthétiques sur une basse de plus en plus funky qui se fait structurante au milieu de grandes orgues et de cordes venteuses de la disco sur un beat modernisé.

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Une voix paresseuse, langoureuse, sensuelle, évanescente l’adoucit sur des claviers dramatiques, amollit les beats, comme humanisés, contaminés par l’émotion vocale, humaine, comme dans la victoire pacifique de « The Little Trumpet » de Michael Winter où les instruments se libèrent en endormant les machines de la douceur de leur musique, puis jouent avec elles. Face au côté robotique, cauchemardesque de l’électronique technoïde, certains comme Pilooski savent faire passer une émotion, l’habiter, l’humaniser de cultures et de voix.

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Pilooski sait donner aussi l’âme d’une voix Soul ou Afro à son mix, durcir une guitare en beat dur. En modifiant les textures, il fait passer les éléments de rythmique en mélodie et vice versa par substitution.

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Sur le piano martelé et la basse groove, une voix souffle « I Want Your Love».

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A partir de ces éléments et effets disparates, disques, samples méconnaissables ou sons, Pilooski recrée un univers Peace & Love lumineux, Soul& Funky qui a l’authenticité et la cohésion d’originaux non modifiés. C’est là qu’on le voit ARCHITECTE SONORE et MUSICAL, comme un chef d’orchestre avec ses musiciens, avec ces éléments.

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Pilooski allonge les lignes Funk/Soul/Rock en boucles infinies par ses édits, prolongeant les parties qui l’intéressent en loops psychédéliques, puis joue des guitares et percussions comme d’un Xénophone BojanZien, d’un clavier vintage dont ils seraient les touches, tandis qu’une voix étrange s’interroge « Isn’t It Love ? I’m In Love, That’s True », en boucle, rythmée par percus et claviers qui font évoluer le mix vers un côté Afro-Beat.

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Le talent de Pilooski est de recréer une harmonie dansante et funky, dans l’esprit 70ies, mais AUJOURD’HUI, à partir d’éléments anciens ou plus actuels, modernisés par ses édits.

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La voix est à son tour modifiée en electro par le groove, recréant l’harmonie ou la modifiant pour rendre les ballades seulement émouvantes rythmiquement funky et dansantes, au goût du jour, leur redonner une authenticité rythmique, tribale par adjonction de percussions dans les lignes de basse.

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C’est le pianocktail rêvé par Boris Vian appliqué au mix qui mêle piano transe, basse disco et voix miaulante, mais pianocktail évolutif dans l’improvisation, il accélère le piano en salsa et sèche la basse en Northern Soul, fait du miaulement une voix de chipie R’N’B, puis la rend cosmique el la rendant évanescente juisqu’à n’être plus qu’un simple esprit fantômatique.

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Et pourtant quand tout ce beau monde qui ne s’était jamais entendu, n’avait jamais joué ensemble se rencontre dans ses platines, on accède à une unité, à une transe disco ou tribale d’un nouveau genre sur les percus et le piano, où tous se retrouvent dans une Jam historiquement impossible qui a germé dans l’esprits et sous les doigts de Pilooski…

En troisième DJ Set, Dusty des « Jazz Liberatorz », collectif de trois DJs de Meaux qui ont sorti en 2007, « Clin D’œil », l’un des plus beaux albums de Hip Hop Jazzy, Funky et Soulful et vraiment peace, où des MCs parlent et chantent du Jazz et citent leurs Jazzmen préférés sur des samples de Coltrane, Ahmad Jamal et une rythmique de vibraphones, batterie Jazz, piano, fender rhodes et solistes live, vraiment à la hauteur des « Jazzmatazz » de Guru, ce qui leur met un peu la pression pour la suite. Mais on peut vraiment écouter leur disque avec le même plaisir contemplatif qu’un disque de Jazz, ce qui est rare…

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Ayant un peu discuté avec Dusty, qui s’avère être vraiment sympa du haut de ses presque deux mètres, il m’a expliqué que ce qui semble sur l’album être des chansons en deux parties comprend en fait l’introduction et le titre pour chaque plage…

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Ils ont sorti depuis « Fruit Of The Past", récoltant en CD d’anciens maxis sortis avant l’album et un featuring de Mos Def, et des remixs.

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Dusty, vêtu d’un T-Shirt à l’effigie de Dizzy Gillespie, utilise en plus des platines un laptop aux autocollants « DIEUDONNE : J’ai fait l’con ». C’est bien de le reconnaître. C’eût été bien aussi de ne pas continuer! aux jambes de « Jazzy Sport ».

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Certes ce qu’il passe en soirée pour la danse est un Hip-Hop plus pêchu et funky, plus dansant que l’album (qui est plus un plaisir à se faire chez soi), mais montre son attachement au Hip-Hop, mais depuis ses racines Jazz, Soul & Funk. Ce n’est pas un mauvais calcul que de faire des disques A ECOUTER et des DJ Sets A DANSER. Deux fonctions de la musique, contemplative ou festive pour deux moments, publics ou plaisirs différents. Il passa un remix de « Tom Diner’s » de Suzanne Vèga en hip hop. Dans les autres titres Hip Hop, le Jazz est présent dans les riffs de cuivres reprenant un thème Hard-Bop

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Le lendemain, Samedi, il mixa un Set à la Jam-Session du Skate Park de la Rotonde pour les BMX, Skateurs et autres rollers. Là encore, dans un mix hip-hop énergique, il trouva le moyen d’intercaler des phrases de Jazz basse-piano-rhodes, avant « Jump Around » d’House Of Pain, l’un des groupes de Hip-Hop à s’être inspirés du Blues rural, thème allant bien avec les sauts des skate-boarders sur les rampes, enchaîna sur un piano festif et perlé, avant « When I Get Old », mais enrichissant toujours structurellement le mix et ses scratches sur deux disques bleu et rouge d’une rythmique Jazz avant un Guru de 1992.

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Il finit même par leur balancer pour finir « En Melody » , de Serge Gainsbourg, extrait de « Mélody Nelson », le premier morceau de Rock Français (au sens de ne valant rien au Rock’N’Roll anglo-saxon), dont il apprécie le groove puissant.

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Un peu plus tard, à l’exposition CITY4SALE, il apprécia dans le mix du DJ Tom Selekt (ex DJ Shann , le second Badass Funkstarz avec Sir Jarvis qui bootlegga « En Melody » avec Amy Winehouse dans « Stronger Than Melody » pour son label Badass 45 un instru Hip Hop 80ies Old School comme ce sur quoi les premiers MCs des Block Parties posaient leurs voix. Le Hip Hop s’est appauvri quand les MCs ont viré les DJs, justement, qui avaient la culture musicale, le lien au Jazz, au Funk. Aujourd’hui ils se contentent de scratches voire de beats electro pour poser leurs voix.

La soirée de Vendredi se termina avec KM3 (Kosmojazzcat), qui a fait venir de nombreux MCs et DJs à Strasbourg à ses soirées Deep Hop (Moonstarr & Voice, Wildchild) et participe au groupe Hip-Hop House « Rouge A Lèvres », avec lesquels on a pu l’entendre à Contretemps l’an passé.

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Malgrè l'heure tardive et un public clairsemé, il passa les « Talking Heads » , la plus belle réussite de fusion entre funk, new wave et rythmiques africaines, lui aussi un Fatback ("Backstrokin'") « Ugh » de Mr Scruff (invité au festival il y a quelques années, une voix Soul Indie 80ies sur des percussions collectives, et juste avant la fin une découverte récente magnifique : « Rushing to paradise ( Walking These Streets) » d’House Of House, un thème House au piano montant à la Massive Attack sur des voix-boiements et un tempo qui n’empêchent pas le solo de se développer naturellement et même de partir librement dans une ambiance à la Cinematic Orchestra. Thème idéal pour rouler de nuit ou rêver déjà de son lit.

Jean Daniel BURKHARDT

vendredi, novembre 28 2008

Les LAST POETS à L’ILLIADE pour JAZZDOR

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Le mercredi 12 novembre, les Last Poets, pionniers du Hip Hop et du Rap façon Spoken- Word sur des percussions depuis 1968 pour un anniversaire de Malcolm X, découverts à la Télévision locale par Allan Douglas qui fendit la foule de Harlem les entourantpour les rencontrer et produisit leur premier album Les chanteurs, poètes et slammeurs Ummr Bi Hassan et Ablodun Ayawole étaient accompagnés de Babatunde aux congas, timbales et percussions africaines « shekere », Ronald Shannon Jackson à la batterie et Jamaaleddeene Tacuma à la basse.

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Le concert d’ailleurs sous les auspices des divinités Yorubas de l’Afrique passées chez les esclaves déportés par la santeria cubaine par un solo de percussions de Babatunde, frappant à mains nues, des phalanges puis des poings ses congas et timbales puis dédiant une courte invocation au plus grand de ces Orishas, «Toques à Eleggua » qu’avait repris Omar Sosa, et slammant enfin «Le rythme coule avec les battements du cœur, l’esprit coule».

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Arrivent Jamaaledeene Tacuma à la basse, Ronald Shannon Jackson à la batterie, et les poètes Ablodun Ayawole, un grand noir maigre et barbu et Umar Bin Hassan, plus enrobé et barbe poivre et sel .

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Ils nous souhaitent la « bienvenue à cette Célébration », puis entament leur concert par « Invocation », extrait de « Holy Terror », titre qui rappelle leur création en 1968 dont c’est le soixantième anniversaire cette année, dans un parc de Harlem pour l’anniversaire de Malcolm X, citent les membres fondateurs absents Felipe Luciano (responsable des textes en espagnol destinés à la communauté latino), Gylan Kain et David Nelson. Dès la première prise de parole, ils remettent les pendules à l’heure sur ce que le temps et la légende ont fait d’eux malgré eux : « Nous ne sommes pas les pères ou les grands-pères du Hip-Hop! Nous avons notre propre nom depuis plus longtemps : les Last Poets» : Derniers Poètes Afro-américains à se souvenir de l’Afrique Noire, Premiers à parler pour les cités et les ghettos noirs, contre la suprématie blanche, et riches de la mémoire de cette culture.

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Umar Bin Hassan est l’auteur de «When The Revolution Comes » et «Niggers Are Scared Of Revolution » où il fustigeait la peur des noirs de la Révolution en 1969, qui étaient sur leur premier album « The Last Poets » en 1969, de «This Is Madness ».

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Quoique lucides, ils sont fiers de l’Amérique qui a choisi Obama, un noir pour président et Ablodun Ayawole crie « NO MORE BUSH ! » (PLUS DE BUSH!) avec le public. : «Les Noirs se sont souciés de tous sauf d’eux-mêmes, et merci à vous de prendre soin du peuple noir en venant nous voir.»

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Le titre est suivant est participatif, le public répète sur le flot d’ Ablodun Ayawole les mots essentiels : Free (Libre), Grow (Grandir), Misery (Misère), Down (en Bas), A Leaf (une Feuille), Here (Ici). On retrouve dans ces questions-réponses en collages rythmant son discours sur les percussions l’origine Africaine, tribale, religieuse du Spoken Word, de plus en plus vite, une poésie collective qui finit en Soul.

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Umar Bin Hassan scande « 40 Years » (40 ans), lentement avec Ayawole, puis de plus en plus vite, débitant l’assassinat de Malcolm X, celui de Kennedy, la Naissance des Last Poets, « 40 Years » répète Ayawole suivant son rythme, quand la plainte se fait revendication à cause des conditions de vie des noirs, d’un siècle de ségrégation entre l’abolition de l’esclavage et l’obtention des Droits Civiques. Le procédé est ancien en Afrique ou en Bretagne, et avait déjà été utilisé par Allen Ginsberg dans son poème «Howl » rythmé par les « Who » et des pupitres des étudiants lors de sa première lecture.

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Oyewole entonne « Looking For Love, Looking For Life » : après la revendication, eux aussi ne cherchent que de l’Amour, des conditions de Vie décentes scandent le prochain titre. Umar Bin Hassan allonge les voyelles et ses phrases en une mélopée vers l’aigu, avec un flow très mélodique sur les percussions, proche d’un véritable chant, habité. Il parle de la folie et du suicide auxquels la société blanche a acculé le peuple noir à sa «noirceur» jusqu’à ce qu’il « regarde la mer pour comprendre la tendresse, pour espérer un monde meilleur ».

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Oyewole dédie le titre suivant à Barack Obama « parce qu’il connaît l’Histoire et sait d’ où il vient», et scande «For You » (pour vous) et « For The Millions » (pour les millions) entre les paroles de Bin Hassan dénonçant les maux de la réalité noire : «miseducation, syndication, integration » (sous éducation, syndicalisme, intégration) en rappant sur le groove d’un flow naturel et rythmique qui peut changer par cette liberté qu’apporte le groupe live à l’affût et la clameur obsédante du second chanteur en écho, jusqu’à dépasser « among the american nightmare » (au-delà du cauchemar américain), justement « pour les millions ».

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Oyewole prend le micro, oppose leur « Rythme » ancestral aux « Médias » des autres qu’il critique, cite un thème de Rythm’N’Blues, dénonce leur « America, Love it or Leave it » (L’Amérique, aimez-la ou quittez-la !), slogan politique déjà utilisé par la dictature Brésilienne des « années de plomb » en exilant Caetano Veloso ou Gilberto Gil, à cette différence que les noirs américains n’ont jamais eu cette possibilité de partir depuis Marcus Garvey qui a été stoppé par l’Amérique dans ce projet de retour en Afrique, et que tant qu’à faire leurs ancêtres auraient préféré y rester que d’être emmenés comme esclaves! Le Jazz parle de tout cela, Ayewole et les Last Poets n’ont fait que lui donner des mots, la parole quand « parfois un saxophone pleure » , « La victoire est la vôtre, I Belieieieieve (j’y croioiois), je prie pour cela, La Victoire est à nous » , l’émotion de sa voix pour tous ceux qui ne purent jamais s’exprimer. La chanson se termine par un solo de batterie de Ronal Shannon Jackson.

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Oyewole enchaîne avec un hommage à un autre héros musical noir : le guitariste Jimi Hendrix, dans lequel on reconnaîtra dans la basse de Jaaaledeen Tacuma des extraits de ses compositions «Purple Haze» ou le plus violent «Machine Gun » enregistré sur « Band Of Gipsy » avec Buddy Miles, rythmant d’un thème à l’autre la poésie d’Oyewole et celle de Hendrix dont les textes, souvent magnifiques, en ressortent comme rendus à eux-mêmes, et finit par « embrasser le ciel » comme s’en excusait Hendrix dans "Purple Haze".

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Oyewole sait que tout n’est pas réglé avec Obama, que le peuple doit continuer de s’engager pour l’Amérique et nous aussi : « Nous avons beaucoup de choses à faire pour maintenir le monde dans la paix et dans la conscience ». Les Last Poets ont toujours refusé la victimisation des noirs, préférant la responsabilisation et l’action collective. Ayewole enchaîne avec un chanson d’engagement et d’espoir :« If We Only Knew What We Could Do » (Si seulement nous savions tout ce que nous pourrions faire), extrait de « Holy Terror » slamme, prêche avec Bin Hassan en écho sur la rythmique groovy de la basse, roots des percussions, avec le public répondant avec lui « what we could do », s’impliquant à son tour dans cette action poétique et politique pour un monde meilleur. Comme dans « Niggers are scared of revolution », les Last Poets invitent les gens à agir par eux-mêmes au lieu d’attendre des réponses toutes faites. C’est à la fois un regret de ne pas le faire, un appel à le faire, et un espoir si nous le faisons pour le monde, chaque répétition apporte son émotion, son énergie propre.

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En effet, Umar Bin Hassan fait la part de « ce qui s’est passé en Amérique. La Nouvelle Amérique sera Métisse, Noire, Blanche, Latine, Asiatique, Homosexuelle! Il y a des gens très bien en Amérique, mais d’autres croient aux armes, à la guerre et aux gangs». Les problèmes sont toujours là, les opposants à Obama, certains racistes ou paramilitaires aussi, les enfants se tuent encore dans les rues avec des armes en vente libre et des cartouches achetées au poids dans les supermarchés. « This Is Madness !!!» (C’est de la folie !!!) crie Ayewole, suivi d’Umar Bin Hassan sur son souffle, puis il crient ensemble « FREEDOOM » (LIBERTE !). Ayewole chante en Africain, Soul, « Freedom » sur le flow de Bin Hassan, tous deux crient « Madness !!! », puis l’espoir : « We’ll Stop All This Madness » (Nous stopperons toute cette folie !)

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Le moyen c’est l’Amour, même si Malcolm X, cité par Bin Hassan, disait «Nous sommes une partie du problème, et devons devenir une partie de la solution », repris par NTM peut-être sans le savoir. « L’Amour Est Toujours la Solution» « Love Is All We Need » (L’Amour est tout ce dont nous avons besoin », chante Ayewole, « nous sommes nés sur des flammes ».

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[La grandeur des Last Poets est dans cet Amour, cette Spiritualité des Sages, malgré leur Révolte.et leur Engagement Dans le Hip-Hop IAM s’était élevé jusqu’à ce niveau avec «Ombre Est Lumière». « Love & Kisses » scande Ayewoloe en souriant sur le discours plus nuancé de Bin Hassan : «Certains cherchent l’Amour, d’autres la Haine, certains le trouvent trop tard » - « The Power Of Love » intercale Ayewole. «Il y a de mauvais amours aussi : l’amour de l’argent, l’amour fou d’une femme, L’Amour est Patience » (citant St Paul aux Corinthiens 12, 4-8) « L’Amour est là pour être partagé, pour être gentil, et Je Vous Aime » -«Love is All We Need »- « S’il n’y a pas d’amour en nous, notre vie est vide.»|http://www.youtube.com/watch?v=BbQHM6oQxm8]

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Merci au Last Poets d’avoir rendu un peu de l’Afrique aux deux Amériques, pour ces paroles engagées et sages, pour la force et l’espoir que nous donnent leur message positif.

Jean Daniel BURKHARDT

vendredi, juin 13 2008

MARC MAC, VOICE & VISIONEERS A ART FACTORY CE VENDREDI 13 JUIN (écrit pour la NEWSLETTER du Festival CONTRETEMPS)

Le Vendredi 13 juin, au l’Art Factory (Colodor), le Festival Contretemps recevra, à l’occasion d’une soirée « Broken Addiction », Marc Mac, Voice et les Visioneers.

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Le britannique Marc Mac a fondé en 1990 avec son complice Dego la maison 4 Hero. Quoiqu’anglais, leurs arrangements musicaux utilisent toute la « Great Black Music » : le Jazz (auquel ils ont dédié un remix de « Naïma » de Coltrane en 2002 sublimé par des violons, et dont ils utilisent les cuivres) et la Soul jusqu’aux cordes groove, font rêver par leurs écrins sans négliger l’énergie et l’engagement du Hip-Hop, sur des rythmes dansants Jungle (sur « No Imitation ») et Broken Beat, avec des invités prestigieux comme le guitariste Les Paul ou de bonnes vocalistes Soul et Hip Hop comme Carol Crosby en 1995 sur «Universal Love», entre autres chanteuses émouvantes, ce qui dénote également un plus grand respect de la femme que de les utiliser uniquement comme faire-valoir dénudés sur des grosses bagnoles.

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En 2006, Marc Mac a sorti « It’s Right To Be Civil » avec « Down South », texte émouvant en talk-over sur la misère du ghetto avec un arrangement magnifique de cordes aux vocaux féminins soutenus par des Beats. Plus récemment, il a, sur « Creating Patterns» avec 4 Hero, bâti un écrin pour la chanteuse Jill Scott sur «Another Day », chanteuse qui a fait partie du film « Block Party » de Michel Gondry, qui sera projeté en digestif de la soirée Cinéma du festival, Mardi 10 juin au Cinéma Star, qui débutera à 20 h 30. Le dernier album de 4 Hero, « Play With Changes » est sorti en 2007, avec de superbes arrangements de cordes sur « Give In» et « Morning» où elles se mêlent aux cuivres Blaxploitattion et à une vocaliste Soul. Avec les Visioneers, Marc Mac, peut aussi bâtir des instrus sur une basse Jazzy comme « It’s Simply Visioneers ».

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Les « Visioneers » sont un autre projet studio de Marc Mac, aux influences plus Electro-Jazz Funk sur un bon rythme de basse groovy et des synthés flirtant avec le ciel sur l’instru « Hip Know Cypher ». En 2007, les Visionners ont à leur tour remixé la musique des autres avec « Dirty Old Remixes », étendant encore les influences du Hip-Hop vers les Musiques Caraïbes noires, comme le Son Cubain ou le Reggae tirant vers le Dub sur « Runnin’Dub », sans négliger les « Funky Box » du Hip Hop pur et dur. On peut y reconnaître la voix posée mais pleine de Soul de Voice sur « Replay Terry Tester».

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« Voice », qui porte bien son nom pour sa voix Soul et rompue à tous les tempos même les plus lents ou les plus trads, les plus exotiques, voire Batucaca Brazil sur « Guerilla Hustling » avec Moonstarr, est originaire de La Nouvelle Orleans, et on peut reconnaître dans son flot l’accent traînant du Sud des Etats-Unis. Après avoir été très recherchée pour des collaborations comme « So Cold » avec « G Frequency », Moonstarr ou Les « Visioneers » qui furent autant de défis/expériences et cartes de visites pour elle, explorant tous les styles du Jazz à la Soul , au Funk, Voice a enfin sorti en 2006 son premier album « Gumbo » sous son nom, aussi épicé que ce plat fourre-tout de La Nouvelle-Orléans, avec des tempos caraïbes sur « Necksnap» ou « Feel Good», teinté de Jazz et de Broken Beat. On y retrouve ses qualités vocales polyvalentes, son caractère assez bien trempé pour s’imposer sur une scène Hip-Hop encore très masculine, ce qui ne l’empêche de retrouver très vite un naturel gai.

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Lors de son dernier passage à l’Hippocampe, l’exiguité du lieu la força à chanter de l’escalier des toilettes, dérangée par ceux qui voulaient lui arracher le micro des mains pour un « Yo représente…moi ». Quand j’allais la féliciter et lui demander après-coup si ce n’était pas trop dur, elle en rit de bon coeur d'un rire d'enfant à gorge déployée quand je la plaignis, et m'assura avoir connu bien pire dans sa courte carrière! La voix de Voice dans l’écrin des arrangements Marc Mac (rarement réunis) promettent une belle soirée, qui se prolongera avec Mad Mats, Jazzmar et Ouifonk.

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Jean Daniel BURKHARDT

mercredi, juin 11 2008

CONTRETEMPS : ART DISTRICT ET ROUGE A LEVRES FONT TOURNER LE HIP HOP SUR SES BASSES A LA SALAMANDRE

Le samedi 7 juin dernier, le festival Contretemps conviait quelques talents Hip Hop et DJs Européens cru 2008. On pouvait y entendre « Art District » groupe local Hip Hop Live de Rhum One (Beatbox) et Mr E (MC) (Eli Finberg de Woodstock), accompagnés d’un fender rhodes, d’une basse et d’une batterie. Rhum One, vêtu d’un T-shirt « I Love NY» orange souffle, repris par les claviers, la batterie, légère puis de plus en plus forte et Mr E, T-shirt rouge au lutin tribal ou extraterrestre blanc, en anglais sur tempo lent et la basse électrique.

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«Entering », commence Mr E, à quoi répond Rhum d’une voix monstrueuse, puis ils sautent en tous sens sur le groove accéléré. Mr E dit au public de se rapprocher sur un groove léger du synthé dans un hymne au ralliement « Get Together ». Le fender rhodes est extraordinaire sur cette belle mélodie montée en solo plein de soul. « Allways get high, because, because» sur le même groove montant, avec des claviers à la Hancock groove sur la basse funky. C’est Seb au fender rhodes.

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« Vous demandez à chanter, c’est facile, One Two Three, over and over and over again », avec Rhum One doublant la batterie, Mr E “waitin’ for vibration”, “over and over and over again” comme une transe encore et encore sur le fender rhodes poétique “again”, et le refrain est répété par le public « ove rand over ». Art District les convie à l’ «universal party» de son message positif, puis batterie et rhodes accélèrent, et la basse part en disco, rhum scratche vocalement « over n’over again». «Come On », sur un début cool, poétique, du rhodes, puis pêchu sur les claquements du public, « Come’one everybody / When I see the clouds », variant le flow puis plus pêchu. « What Is going On », se demandait déjà Marvin Gaye. Eux leur chanson part « Going Going Gone » énergique sur le rhodes, groovy sur la caisse claire et le tinkty boom et la basse disco, « Going Going Gone » de plus en plus Clubbing avec Rhum en voix sample scratche.

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Rhum « attaq’ le mic», d’une voix profonde monstrueuse puis deep, beatbox dont sort un pitbull rugissant à l’éveil, en réaction comme en avion au décollage, un didgeridoo vers l’Australie, sur plusieurs percussions de la derbbouka au zarb iranien galopant, rencontrant la voix aïgue des Comics de Betty Boop ou Mickey, puis part en Dance Hall, en tube techno solo à lui tout seul (« I Like It Move it Move in » de Reel 2 Real en 1994), se baisse comme à l’affût des sons, les chope, accélère le rythme, dans une lutte entre Mickey et le monstre, David et Goliath, et finit à l’harmonica « pour les américains » mais y rappelle aussi les ghettos noirs d’Afrique Du Sud dans leurs danses en rond blues tribales rythmées par les pieds. Le plus beau chez lui c’est quand la machine montre qu’elle est encore humaine, et que l’humain a incorporé la machine, tout cela juste par une gorge, plusieurs voix en une et un micro amplifié, comme si toutes les musiques vivantes et électroniques du monde s’y retrouvaient, s’y condensaient, au naturel et dans l’humain sans effet aucun. Mr E revient sur scène : « Cette soirée va commencer à vraiment pèter/ à cartonner» sur la basse groove qui joue assis, la batterie claire et Rhum qui fait des voix aigues derrière lui sur le fender space. «Vous rapprocher. Levez les bras les mains » pêchu puis fender coule avec la basse et batterie en suspense comme dans la BO d’un film Blaxploitation qui évolue soudain en drum sur la batterie n’ bass sur la basse vers la « Jungle » improvisée avec des breaks collectifs, chacun dans sa partie et en place mais dans une vraie énergie collective qui fait sauter la basse en l’air. Le rhodes reste l’élément poétique, rêveur, le ciel étoilé qui dériv dans une vraie impro Jazz Groove, pas seulement de l’énergie, la joie, l’énerjouasse sur les syncopes de la drum’n’bass. Soudain ils changent de rythme sur la basse, comme apeurés entre des murs dont Mr E les libère en allumant un « Fire !» sur le synthé à la Truffaz.

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« Ready ? » Prêts un vieux Hip Hop de 93, «Dreams» de Wu Tang Clan, avec Rhum, dans le scratch aigu sur un piano presque afro, balafon ou clavinet, sanza ou piano à pouces par sa finesse imperturbable sur laquelle l’avion de l’Air-Rhum One qui décolle vers l’Afrique. Le rhodes se fait ensuite comique, Gangstarap à la 2 pacs sur tinkty boum. « Wanna Feel Yo » « Anything » syllabique sur synthé poétique, basse groove et batterie pour intermède jazzy de la section rythmique qui s’y révèle vraiment capable d’improvisation Jazz, en plus de sa polyvalence rythmique toujours efficace et libre. Mr E part dans un exercice «age», fait rimer «cépages » et «nuages» sur un clavier à la Omar Sosa avec Will Power sur « Bembon Roots III». Avec Rhum, pas besoin de DJ aux platines, il semble en avoir avalé une. Puis ils partent en Disco Clubbing sur la batterie afro et le rhodes bien au fond des notes, improvisant comme un groupe de Jazz Funk 70ies. Suit «Definition », le morceau du CD promo, « Try To find », cherchent de nouveelles définitions à l’art du hip hop avec rhum one doublant en seconde voix aigue Mr E. Puis un intermède plus cool du synthé à la Truffaz sur la basse disco pendant la montée de batterie qui arrache un « Yo ! » à Mr E. Si cette « nouvelle définition» consiste à réintégrer une section rythmique Jazz /Funk live dans le Hip Hop en lui laissant l’occasion et l’espace pour improviser et jouer vraiment avec la beatbox humaine et le MC, j’espère qu’elle fera école. « On approche doucement de la fin », annonce Mr E. Le titre suivant commence cool avec synthé, basse et voix accordés en un même flot mélodique qui nous transporte « Back in the days » du souvenir, puis s’accélère pour espérer « back in the days » le retour de ces jours sur la mélodie soul du rhodes et les ras de la batterie et solo rhodes blax final dans les aigues. «Dernier Morceau » : Mr E prêche en faveur d’un « 6ème élément, 6ème sens », puis la mélodie se fait soul hip hop, légère pour accueillir « spring is almost here ». Le flow et les textes de Mr E ont une qualité musicale, mélodique poétique et festive, et à ce que j’en comprends dans sa rapidité, leur message est toujours positif… Qualités qu’ion aimerait entendre plus souvent dans le Hip Hop.

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En intermède arrive DJ DSL (pour Dj Super Leiwand-excellent), de Vienne, capable de squatter un riddim studio One et « I L.O.V.E. You », raggamuffin de Yellowman en son propre nom. Il mélange des rythmes Reggae/Ragga avec des beats et des vocaux Hip Hop, greffe l’ «Eye Of The Tiger » de Rocky sur du Ragga énergique et Dance Hall. Une Dance Hall Queen de retour du match Portugal-Turquie où elle dut être la plus jolie des supportrices, pom-pom girl ou majorettes, danse pieds nus avec son drapeau en guise de foulard rasta corsaire dans ses cheveux.

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Arrive «Rouge @ Lèvres », le second groupe de Hip Hop, alliant la House mais pas que de KM3 aux platines et le flow a deux têtes des rappeurs Grems et Le 4 romain aux micros du label « Deep Hop». D’emblée sur une rythmique Deep House, le public (très rajeuni) tape des mains.

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Ils promettent « rien de méchant sur les filles ou les mecs, juste de l’éclate!» « Mais Comment ? Comment ? » demandent –ils déjà en sautant hystériquement entre des strophes à la mitraillette et trop de balles vocales pour en comprendre le sens, suivis par les jeunes. Deuxième mot d’ordre de l’adolescence attardée assumée comme tel : « Rigolo !» sautant comme des lapins roses Duracell puis dansent la bourrée à deux. Bon ça c’était Rigolo. Troisième Beat, troisième titre, problème quotidien du pouvoir d’achat des ados mas pas que « ma carte à puces a chauffé». Moralité « Toutes des salopes». Ça se gâte sur les promesses de respect.

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Mais ça ne pouvait pas durer bien longtemps ces bonnes intentions : «Les mecs sont des salopes aussi !» Le plus navrant c’est que les jeunes des deux sexes applaudissent également à ces propos. Pas une pour défendre l’honneur des femmes d’un hououou moqueur ou vengeur. Alors pour eux, ce qu'ils peuvent faire de plus généreux, c'est d'abaisser l'homme au niveau de leur mépris pour la femme! C'est le nivellement par le bas, au ras des pâqurettes, oui. Et pourquoi pas vous hisser à être juste des mecs bien, à la tolérance, à l'abnégation, à la tendresse et à la force d'une seule femme, à la cheville de laquelle vous n'arriverez jamais, même sans talon aiguille! Evidemment c'est moins facile. Pour moi l'alliance du Hip Hop et de la House reste celle d'un bruitisme sans sens et de textes débiles sans rien autour, celle de la peste et du choléra contre toute intelligence humaine. Je suis trop vieux je suppose. Car les jeunes trouvaient ça génial, montaient sur la scène jusqu’au dernier. Mais les textes manquaient de toute idée politique, de tout message positif, faisant juste l'apologie de l'hédonisme ado dans ce qu'il a de plus potache, et quand on y comprenait quelque chose, on était encore plus déçu que ce soit si creux. J'aurais presque préféré la provocation gratuite d'un "nique la police" d'NTM ou n'importe quel texte d'IAM dans "Ombre Est Lumière".

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On a pu se calmer ensuite avec une belle place alcaline de Cool Jazz de KM3 avec une jolie mélodie «musique douce sur une île bleue» chantée avec soul par Grems, dédicacée à Disiz La Peste «en prison ou chez les huissiers », ou qui a autre chose à faire, auquel cas c’était marrant comme excuse, qui les a rejoints avec DJ Gero après leur premier LP en 2005.

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Le titre suivant part « de plus en plus vite », entrecoupé de « Faites du Bruit! » sur un backing funk et de lyrics rapides. Le 4 romain promet une « performance peaeaeace» qui commence cool puis part de plus en plus rapide. A son tour Grems demande « du bruit et Grems il vous casse» et part très rapide mais le débit du flow emporte tout même le sens sur son passage. Suit un Hip Hop à deux temps sur les problèmes d’adolescents et le public en chœur.

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Un autre chanson agréable prend un tempo Brazil sur lequel ils promettent de "transformer le club en boîte» au cri de «Salsa!» avec presque un message : « tu vis un jour», le texte semble poétique et en place, entre plage et prison « Body Love Body Love» et conclue : «N’ayez surtout pas peur de votre sexualité». Suit un Beat plus lourd mais au second son intéressant entre deux breaks, même quelques percus latino, puis « NOUVO» sur l’absurdité de la mode adolescente, où la complicité des deux chanteurs fonctionnait bien dans la variation des flows, un Funky Hip Hop sur de l’electro Dark, et un morceau a cappella « conscients qu’on est difficiles à comprendre».

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Le dernier morceau aurait pu résumer toute la prestation : « Gâches» ah non « Guinches!» mais qui ne ferait pas daser le MIA à unn Marseillais Big Up final « et un grand silence pour Disiz »

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Pour finir, Danilo, d’Inverse Cinematics, DJ allemand de Stuttgart, réjouissant sa House juicy d’influences soul ,funk, world, d’Afrique mêlant ses balafons à ses beats, tandis que le VJ Menno Otten d’amsterdam diffusait sur grand écran des images de tribus d’Afrique et de clubs Africains, bien adaptés à la musique. On y croisait sur les rythmes variés de Pablo Valentino, Brazil ou Disco, la voix de Cesaria Evora sur un beat tek et finalement la jonction magique des deux hémisphères rythmiques de la clave cubaine et de la batucada Brésil juste avant l’extinction de la musique avec le retour de la lumière dans la pièce.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi, juin 9 2008

CONTRETEMPS : Groove Lesson: le Hip Hop de TY Live à La Salamandre dans la Funk Party

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La «Groove Lesson : Hip-Hop & Funk Party » débutait ce vendredi 6 juin vers 22 h avec un set du DJ Mulhousien Leeben, habitué du Noumatrouff et résident du V-Club. Son « Global Groove » parcourt le monde : après un début très « Indianploitation » aux vocaux Bollywood sur boucles Banghra aux prolongements electro-ambients et petits oiseaux cri-crissants, on aborde par l’avenue James Brown et ses JBs millésime 71 d’un « Yeaeah Let’s Gimme Some More» un aspect plus urbain avec du hip hop entrecoupé d’un piano latin, puis plus soulfull sur fender rhodes, un track Blue Note remixé par DJ Shadow, un autre plus collectif Gangstarap chanté en meute (Snoop Doggy Dog ?), et pour finir un Ethio Funk lent de Mulattu Astatqué remixé.

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Pour Ty et son groupe ont été installés trois claviers claviers, batterie, boîte à rythme, basse électrique et micros. Elias Finberg, MC originaire des environs Woodstock joue les Maîtres de Cérémonie et chauffeur de salle avec le Beatboxeur Rhum One dans un court un set d’introduction. Rhum One arrive à imiter à la fois les scratches de vinyles, le Beat Broken et le la Tek Boum Boum, puis plus naturel le didgeridoo australien ralenti, le zarb iranien et l’electro. Ce n’est PAS QU’UNE machine. Eli Finberg harangue le public qui ne s’approche pas dans son style poétique à l’accent mélodique, s’adaptant au lieu : « Vous Préférez rester derrière lui, mais le Bouddha voit tout », puis part en Espagnol : « Y’a des Espagnols dans la salle ? Tant pis » et lance un chorus en espagnol sur « alléluia », puis en français émaillé d’anglais.

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Ty arrive avec bassiste, claviériste, batteur et deux superbes choristes noires. Ses lunettes lui donnent un petit côté Spike Lee en plus balèse. Les claviers commencent, puis deviennent de plus en plus rythmiques sur la batterie au rythme Afro Broken, et Ty arrive «Ev’rybody wants to be the master of the words/ Standing at the dock of the bay » chantait Otis Redding , sur des roulements de batterie et enfin « Hold That Thing !», part pour de faux, « Pull up !» (plutôt usité dans le ragga Jamaïcain, mais ne le fera qu’une fois alors que Capleton est capable de gâcher tout un concert en ne terminant aucune chanson) entraînant la chute rythmique claviers/batterie.

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Après un début rythmique, il allie la puissance à la mélodie du flot, prolongés par les vocaux féminins des choristes très groove, soutenu par le tempo du batteur en drum’n bass, la basse funk et les deux Soul sisters, s’arrête pile et figé, puis recommence pour la vraie fin au ralenti.

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Même s’il est bien plus connu qu’eux, Ty gratifie d’un « Big Up » Rhum One et Elias sous les applaudissements du public.

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Il poursuit avec «Wait A Minute», extrait de son album «Upwards » en 2003, sur un rythme Groove Broken Beat syncopé, plus cool sur le clavier et la basse groove, puis la voix sur les claviers, les choristes et un break de batterie. Des deux choristes, la plus enrobée est en vert, l’autre plus en bleu avec un bandeau violet dans les cheveux. Ignorant leurs noms, je les appellerai Mama Green Funk et Lady Blue Soul, quoique ces deux qualités soient également partagées entre elles. A leur chorus, Ty se place derrière elles, faisant faussement mine d’être en colère de s’être fait voler la vedette. Le public répète les paroles, le fender rhodes répond aux voix, improvise avec elles. L’émotion rythmique de la répétition est plus forte en Live, s’enfle de puissance, presque jusqu’à la transe, un peu comme Nusrat Fateh Ali Khan dans le khyal indien, dans un tout autre style.

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Ty continue avec l’une des chansons favorites du dernier album «Closer », « Everybody », proto dance-hall rapide et tournoyante, à la manière d’ « Oh You Want More ?», où il semblait le Monsieur Loyal des barraques foraines du ghetto de Londres, avec les chœurs de Mama Green Funk et Lady Blue Soul partant sur la basse groove. Cette fois il se repose sur elle, derrière elles tandis qu’elles prolongent les ooooh finaux à tour de rôle, Mama Green avec plus de puissance, Lady Blue avec plus de Soul, se complètent dans l’alternance. C’est la dernière date de la tournée, qui fut fatiguante mais excitante.

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Suit un autre titre d’ « Upwards», «I Want 2» (Pill it ou Kill It) repris par le public sur les claviers cool et les choeurs soul répétant « I Want 2 » en écho, puis soudain, Ty change de rythme, part en latin groove relevé de rhodes et termine dans les premiers rangs le poing levé. Les choristes finissent par un long chorus dont cette fois Lady Blue aura la dernière note. Richard Spade est à la batterie, Drew aux claviers, comme sur « Upwards ».

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« Right Now » est plus Broken Hip Hop, avec une batterie Drum’n’Bass. Sur « One », la strophe rappelle « I Want 2 » mais avec des chœurs cette fois plus mélodiques, suivis par la basse mélodieuse sur les vocaux et le clavier avant une impro des choristes. Blue soutient la ligne rythmique quand Green s’envole sur la batterie, mais il reste toujours un élément rythmique fort qui fait danser et un élément mélodique plus spirituel qui contribuent qui fait rêver dans ces chansons. «Want to Go home ?» demande Ty “NO!” “All Right! Hope You don’t mind...Need people who love music”

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Les synthés soufflent sur une basse Jungle en introduction à « Look 4 Me », la chanson la plus proche des vocaux pygmées et des origines Nigérianes de Ty par ses chœurs assurés par les choristes, sur lesquels Ty pose sa voix. Ces tuilages vocaux complexes sont magnifiques en soutien au flot plus rapide de Ty, puis se font syllabiques A E O sur le break de la batterie, reprennent en jungle, se mêlent et se répondent en ping pong, entre vocalises et syllabes. Soudain « Ready For The Dance-Floor ? », et basse et synthé prennent un tempo plus vif et la batterie se fait plus obstinée, suivis du public qui tape dans ses mains comme dans un village d’Afrique. Green part en Afro scat Soul sur le synthé. « This Is Hip Hop », celui des pygmées des villes. Les syllabes sont passées sans qu’on s’en rende compte à I E I O. Le rythme revient « This Is Hip Hop », s’arrête, mais Green continue a capella sur les cris du public sans perdre la ligne, puis s’éloigne comme un chant d’Afrique à la nuit tombée quand les chants se taisent.

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Après d’enthousiastes applaudissements, Ty enchaîne sur «What U Want», enregistré avec Taylor MC Ferrin pour l’album Closer. Ty preache, prêche son flot au public, tandis que les soul Sisters assurent les Ta ta ta qui font le rythme, remplaçant les cuivres Blaxploitation de l’original. Ty descend dans la foule, la fait chanter, tandis qu’elles assurent les fonds vocaux.

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Leurs vocaux soul donnent par leur décalage un côté Dancefloor, Dub sur la basse disco. Toutes les musiques noires de l’Afrique à L’Amérique se retrouvent dans la musique de Ty, des vocaux tribaux polyphoniques de l’Afrique noire à la techno qui vient aussi du ghetto noir de Detroit, puis les choristes amènent la Soul sur les mains du public, puis à nouveau le synthé part en Dancefloor Electro sur les ras de la batterie. Bref des origines des musiques noires à leur actualité dansante de l’ère électronique, de la Jungle à la Science-Fiction. Ty qui a invité Rhum One sur scène pour faire la Beat Box, qui commence en didgeridoo et continue le Dancefloor dans sa bouche, sur lequel Ty improvise. La grande fraternité mondiale du Hip Hop dépasse les frontières.

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Suit un morceau speed, un autre cool « to end the show», dans le style mystique et cool d’Arrested Development dans « Everyday People», dont Speech a collaboré à “This Here Music” sur Closer, Les vocaux et les synthés gluants annoncent le rythme des deux Soul Sisters, puis le synthé brode des étoiles pendant leurs vocalises.

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Suit « Oh You Want More ?” le morceau d’Upwards où Ty en Monsieur Loyal semble nous guider dans une fête foraine ou un cirque du ghetto et de sa « street culture», avec les Soul Sisters aux vocaux à l’arrière. Plus puissant en Live sans les orgues de barbarie désuets et les éléphants, avec moins de zoo et de cirque, le thème se fait plus Dancefloor ou Broken Hip Hop. Le set se termine par un solo vocal de Ty.

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Le DJ allemand de Munich Florian Keller termine la soirée avec une sélection de disques Funk, passant également par les rythmes de l’Afro-Beat, Cubains ou hystériquement Brazil, puis partant en Dancefloor, se calmant en Disco, passant par la rue du Hip hop et la Drum’n’Bass, fondu enchaîné sur « Sure Shot » des Beastie Boys au ralenti, mais puisant aussi ensuite aux sources des musiques noires pour les moderniser par un remix Broken d’un vieil instru des Mar-Keys et même une version Broken Hip Hop féminine d’ « In Walked Bud » de Monk pour Bud et une réplique Soul féminine du « Soul Man » de Sam & Dave sur Stax.



Jean Daniel BURKHARDT

vendredi, juin 6 2008

CONTRETEMPS: Le rappeur britannique TY sera à la Salamandre ce vendredi 6 juin à 22 h (écrit pour la NEWSLETTER du Festival)

Le Rappeur britannique Ty sera en Concert à La Salamandre le Vendredi 6 juin

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Le Hip-Hop est la dernière musique urbaine issue de la révolte noire aux Etats-Unis après les musiques Africaines, le Blues, le Jazz, le Rythm’n Blues, la Soul et le Funk, donnant enfin la parole aux ghettos. Pourtant, quand les amateurs de toute cette « Great Black Music » en écoutent, ils peuvent être déçus, depuis dix ans, par la pauvreté des samples où ne transparaît pas cette richesse culturelle, et les revendications souvent plus égoïstes que collectives des MCs, dont l’impro vocale et la tchatche pense ne plus avoir besoin de la culture musicale des DJs pour lui répondre par ses références, réduisant parfois l’accompagnement à un vieux track de James Brown déjà entendu mille fois ou à des scratches intempestifs.

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S’il est britannique et pas Américain, le rappeur Ty n’est pas de ceux-là.

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Dès le premier titre de son opus « Upwards » (2003), «Ha Ha » on comprend l’originalité de son univers décloisonné, posant son flot un sample de Rock 60ies Psyché blanc du Swinging London. Il a d’ailleurs beaucoup intéressé l’un des héros de cette période très créatrice en la personne de l’ex-batteur de Soft Machine, Robert Wyatt, qui l’a placé dans sa discographie.

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L’album propose des ambiances variées, portées par des musiciens Live, rythmiques, cuivres ou cordes, ce qui dénote d’un courage musical rare dans le hip hop, et son flot ne se contente pas d’un débit rapide ininterrompu , mais s’adapte à toutes les musiques, à tous les rythmes : tour à tour Monsieur Loyal des suburrbs sur un sample de Fête Foraine dans « Oh U Want More ?», capable aussi de l’émotion Cool des grands chanteurs Soul sur «Rain», de toute une palette d’émotions qui fait de lui un vrai chanteur, comme 2 Pacs ou quelques rares autres, pas si loin dans l’esprit de leurs grands aînés Otis Redding ou de la sagesse d’un Marvin Gaye. Originaire du Nigéria, Ty sait aussi s’entourer, sur « The Willing », d’un des derniers héros de l’Afro Beat à avoir joué avec son créateur Fèla Kuti, son batteur Tony Allen, puis remonter en pirogue jusqu’à l’Afrique noire resourcer sa voix aux polyphonies pygmées dans « Look 4 Me », revenir vers les belles pages plus urbaines de la Blaxploitation à la Sly & The Family Stone avec « Groovement », modernisé de synthés rythmiques et de beats originaux de cloches tinitinabulantes dans un style que reprendra le RH Factor de Roy Hargrove, prendre temps de nous faire rêver sur « Dreams », et méditer ses paroles poétiques en talk over entourées de superbes vocaux féminins Soul, mais capable aussi de regarder vers l’avenir par des beats broken futuristes.

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Depuis, Ty a été sollicité par Lily Allen, puis a sorti son nouvel album « Closer», enfonçant le clou avec des beats « Broken Hip Hop» plus affirmés mais toujours aussi originaux, ou proto-Dance-Hall dans « Everybody» , confrontant sa voix à des tempos variés. Les invités de marque ne sont pas en reste, il a collaboré pour le titre très pop «This Here Music» avec « Speech » d’ « Arrested Development », pionniers de ce Hip-Hop Peace au naturel séduisant les oreilles et les âmes en plus de faire de faire danser nos pieds, Bahamadia, Rich Medina, ou retrouvé ses vieux complices de «De La Soul » sur « The Idea ».

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On y trouve aussi des backings bien Funk Groove Blaxploitation s’étirant sur des Beats futuristes dans «What You Want», ou des vocaux plus soul sur le sentimental « L.O.V.E ».

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Il revient également sur ses origines Nigériennes dans « Sweating For Salary ».

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Quand Ty se produit en concert, ce n’est pas seulement avec un DJ mais en full band avec sa formation live groovy, et c’est ainsi que vous pourrez découvrir sa musique le 6 juin à 22 h à La Salamandre. La soirée continuera avec des DJ experts en Funk & Groove, Florian Keller, et No Stress, et Leeben, plus Global Groove.

JEAN DANIEL BURKHARDT